Le «tarif agent», une réduction sur les prix d’électricité et de gaz accordée aux employés d’EDF, «représente un coût démesuré» pour le groupe, a jugé vendredi la Cour des comptes dans un rapport, estimant qu’il ne pouvait «perdurer en l’état».
Une mesure qui divise. Créé en 1946, le «tarif agent», un prix préférentiel sur l’électricité et le gaz dont peuvent bénéficier l’ensemble des salariés d’EDF et de GDF mais aussi des opérateurs historiques, tout comme les retraités de ces entreprises, à condition qu’ils y aient travaillé durant au moins quinze ans, coûte trop cher, selon un rapport de la Cour des comptes. Le gouvernement envisage de suivre ses préconisations et de le raboter, provoquant la colère des syndicats.
«L’avantage en nature énergie représente un coût démesuré, soit plus de 700 millions d’euros en 2024 à l’échelle du groupe, obligeant également à la constitution de passifs sociaux au titre de son maintien après l’emploi (3,9 milliards d’euros à fin 2024). Il ne peut perdurer en l’état», jugent les Sages de la rue Cambon dans ce rapport consacré à la gestion des ressources humaines de l’entreprise publique, détenue à 100% par l’Etat depuis 2023, publié vendredi 17 juillet.
300.000 ayants droit recensés
Concrètement, ce tarif a été mis en place au moment de la nationalisation de l’électricité et du gaz qui a donné naissance à EDF et GDF, et il permet à leurs agents et ceux des opérateurs historiques (Engie, Enedis, GRDF…) de payer leur consommation d’énergie à un prix très inférieur à celui des particuliers. Ils sont ainsi exonérés du coût de l’abonnement, et paient un tarif fixe de 0,61 centime d’euro/kWh pour l’électricité et de 0,24 centime d’euro/kWh pour le gaz, rappelle la Cour des comptes.
D’après la Cour des comptes, en 2024, un agent bénéficiant de ce tarif a payé «2,2% du prix moyen de l’électricité payé par les autres consommateurs et 1,8% du prix moyen du gaz», soit «plus de 95%» de réduction. Selon l’institution, «cet avantage bénéficie à plus de 300.000 ayants droit au niveau de la branche énergie, dont plus de 220.000 relevant du groupe EDF». Il entre dans la catégorie des avantages en nature et se voit soumis aux cotisations sociales et à l’impôt sur le revenu.
La Cour des comptes chiffre cet avantage à une moyenne de 381 millions d’euros par an entre 2018 et 2024, avec un pic atteignant 620 millions d’euros en 2023, lors de la crise des prix de l’énergie, et même près de 700 millions d’euros en 2024 au plus haut de la crise.
mise en demeure
A ces coûts s’ajoutent d’autres frais : EDF a dû provisionner entre 2018 et 2024 afin de financer cet avantage pour les futurs retraités. «Le coût moyen annuel du dispositif atteint 621 millions d’euros sur la période 2018-2024, avec un pic à plus de 1 milliard en 2023», ajoute la Cour des comptes. Autre argument : ce dispositif «n’incite pas à la modération des consommations énergétiques». Elle le juge «incompréhensible et contradictoire avec l’objectif de sobriété énergétique».
Elle conclut donc que ce tarif ne peut pas «perdurer en l’état» et propose de le «réduire par étapes», en commençant par plafonner les consommations prises en compte, puis en revalorisant le tarif pour l’indexer sur les coûts réels de l’énergie. Le gouvernement, qui affirme avoir reçu une mise en demeure de la Cour des comptes à ce sujet, réfléchit à rogner l’avantage et en a fait part aux syndicats du secteur.
Appel «massif» à la grève
Réunies en intersyndicale, les quatre grandes fédérations de l’énergie (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO) appellent à une journée de grève «massive» le 15 septembre. «Choisir la veille des congés d’été pour annoncer une telle remise en cause n’a rien d’anodin : c’est une méthode qui vise à étouffer le débat et qui constitue une provocation», dénoncent-elles.
Elles contestent également l’interprétation de la Cour des comptes sur un surcoût pour les finances publiques. «Le tarif agent ne pèse pas plus de 1% de la facture des usagers», a ainsi affirmé Fabrice Coudour, secrétaire général de la FNME-CGT, premier syndicat de la branche.
Le sujet devrait être abordé lors des discussions au Parlement sur le budget de l’Etat pour 2027, pour lequel le gouvernement présentera sa copie à la fin du mois de septembre.