Le renard est à peine visible, caché dans les hautes herbes. Il fixe l’objectif d’Eddy Wegrzyn, et ne s’enfuit pas. « Je sais qu’il me voyait. Mais, il a chassé devant moi, il a fait des siestes devant moi, il faisait sa vie. » Les rencontres se multiplient au cours des mois suivants, toujours avec le même individu : « Ils ont des visages qui n’ont vraiment rien à voir », se souvient le photographe. Il le rencontre dans ses bons et mauvais moments, jusqu’à la mort de l’animal, probablement écrasé par une voiture.

Eddy Wegrzyn relate ces rencontres sur ses réseaux sociaux. « Mes comptes ont monté en popularité. Je me suis dit, pourquoi pas proposer mon travail sous une autre forme. » Il voit une idée pour un livre, centré sur un animal : le renard. 130 photographies réparties sur 90 pages, qui dépeignent la faune meusienne des forêts du Haut-Juré ou de la forêt de Massonge qui dort, joue, se promène, ou guette les prédateurs. Sa compagne réalise la maquette de l’ouvrage, qui évolue encore avec les nouveaux clichés.

Fin juin, il lance une campagne de financement participatif, sur la plateforme Ulule , demandant de quoi imprimer une centaine d’exemplaires. Un peu moins d’un mois plus tard l’objectif est presque atteint, grâce à plus de 80 donateurs voulant recevoir leur exemplaire d’ Un autre sauvage.

Entre homme et nature

Cette autre sauvage, qui donne son nom à son livre, c’est celui qui n’a pas peur de l’homme, celui qui subit moins la pression humaine : « Dans les Abruzzes, en Italie, où il y a une majorité de parcs naturels, tu peux voir un cerf pendant une discussion dans la nature. En France, tout fuit tout le temps », déplore le photographe.

Il n’imagine pas son livre comme un outil de militantisme : « J’ai mes photographies dans des associations de défense de l’environnement. Mais ce livre, il est avant tout à contempler et à apprécier. Même si on ne peut plus trop dissocier les deux. » Surtout quand il assiste aux premières loges aux difficultés de la nature. Pendant les canicules, il s’est rendu en forêt, non pas pour faire des photographies, mais pour « remplir d’eau des marmites de sorcières, ces trous dans les arbres », sa seule interaction directe avec l’environnement de ses animaux favoris.

En attendant son livre, le renard d’Eddy Wegrzyn est exposé dans le quartier de la ville haute, dans le cadre de l’ exposition Goupilissime , visible jusqu’au 31 juillet.