Elle a beau avoir un surnom repoussant (Épluchures beach), la plage de l’Huveaune était bondée ce week-end. Couples, nageurs ou familles s’y prélassaient sur le sable et n’hésitaient pas à piquer une tête. Tout l’été, elle est pourtant interdite à la baignade. La Ville a, en effet, pris un arrêté municipal en ce sens, après des analyses menées par l’ARS qui ont conclu que « la qualité de l’eau ne permet pas de garantir des conditions sanitaires satisfaisantes pour la pratique de ces activités ».

Visiblement, le message a du mal à passer. « Je n’étais pas au courant, assure Sarah, 30 ans, venue avec son compagnon Amine et son garçon d’un an et demi. Le parking payant juste devant est ouvert, mon mari vient tous les jours et me dit qu’il y a toujours du monde, donc je ne me suis pas posé la question. Je ne viendrai plus mais là, j’ai posé les serviettes, alors je reste. Et puis, si c’était vraiment dangereux, ce serait fermé pour de bon. Ça me semble plus déconseillé qu’interdit. »

Bien qu'interdite à la baignade et aux activités nautiques, la plage de l'Huveaune, aussi appelée Epluchures beach, reste fréquentée.Bien qu’interdite à la baignade et aux activités nautiques, la plage de l’Huveaune, aussi appelée Epluchures beach, reste fréquentée. M.LL.Passages de police et sanctions ?

Il y a bien un petit panneau à l’entrée de la plage et un plus gros au niveau du poste de secours. Deux pictogrammes rouges accompagnent un message sans équivoque : « Interdiction de la baignade et des activités nautiques. » Et si lors de notre venue, ce dimanche matin, aucune patrouille n’est intervenue, Hervé Menchon, adjoint à l’environnement et à la mer lors du précédent mandat, l’assure : « La police passe et lorsque des gens sont pris en flagrant délit de non-respect de la loi, ils sont sortis de l’eau et sont punis. Cela fait partie des consignes données aux agents. »

Ceux qui auraient manqué les panneaux ont sûrement entendu les rappels diffusés sur les haut-parleurs. « Personne n’a bougé, dit Marie, 59 ans, sous un parasol avec sa famille. Les filles étaient déjà dans l’eau, le bébé aussi… On ira peut-être un peu plus loin plus tard. » Carine, 33 ans, elle aussi avec son enfant (18 mois), ne s’inquiète pas plus : « J’ai déjà entendu que ce ne sont pas les meilleures eaux possibles et, d’habitude, je vais plus loin, après l’Escale. Là j’ai vu des places sur le parking, je ne savais pas que c’était interdit. On va juste éviter de trop se baigner. De toute façon, la mer n’est nickel nulle part à Marseille. »

La même eau qu’aux Catalans

C’est l’ARS qui a décidé, en début d’année, d’interdire la baignade sur cette plage. « C’est la cinquième année consécutive que l’alerte rouge ou orange concerne cette plage pour une qualité jugée insuffisante de ses eaux, où les épisodes de pollution entraînent de nombreuses fermetures. Nous avons donc pris la décision de la fermer à la baignade pour cette saison balnéaire », justifiait l’Agence régionale de santé.

Selon la surveillance sanitaire des plages mise en place par la Ville de Marseille, si les plages de Borely ou de Bonneveine, ou encore celles du Prado Nord et Sud étaient toutes classées, ce 17 juillet dernier, en « eau de bonne qualité », celle de l’Huveaune, voisine, n’était qu’un cran en dessous, en « eau de moyenne qualité ». Soit la même catégorie que la plage de la Lave et celle des Catalans, toutes deux autorisées à la baignade.

« La qualité des eaux se mesure sur chaque point de baignade, explique Hervé Menchon. On peut donc avoir des différences d’une plage à l’autre. Mais la plage de l’Huveaune n’est polluée que lorsqu’il pleut, c’est extrêmement rare par temps sec. Le système adopté actuellement souffre d’une absence de réactualisation des textes. Mais j’encourage les Marseillais à respecter la loi. »