La France insoumise faisait face, lundi, à une pluie de critiques venues de l’ensemble de la classe politique après l’interruption, samedi soir à Grenoble, du concert de la DJ Barbara Butch. La représentation a été suspendue à la suite d’une manifestation de militants pro-palestiniens et d’insoumis locaux.
Depuis plusieurs jours, l’artiste de 45 ans, figure des nuits parisiennes et de la scène LGBTQ+, était la cible d’un appel au boycott lancé par des militants pro-palestiniens et des membres isérois de La France insoumise. Barbara Butch devait se produire dans le cadre d’un festival organisé par la municipalité de Grenoble.
Cet appel n’avait toutefois pas été relayé par les responsables nationaux du mouvement.
Des militants insoumis avaient notamment distribué un tract qualifiant la DJ de « soutien aux génocidaires ». L’affiche la représentait en train de mixer devant un drapeau LGBT intégrant une étoile de David, symbole de la Marche des fiertés de Tel-Aviv, maculé d’éclaboussures de sang.
Les organisateurs de la mobilisation reprochaient à l’artiste, de confession juive, d’avoir signé une tribune soutenant la proposition de loi portée par le député Mathieu Lefèvre et le sénateur François-Noël Buffet… Depuis, Barbara Butch avait reconnu auprès de France 24, en mai, qu’elle regrettait cette signature : « J’ai signé une tribune, je n’aurais pas dû le faire », avait-elle déclaré, rappelant être victime d’antisémitisme depuis son enfance.
Cette proposition de loi, finalement retirée, visait notamment à élargir le délit d’apologie du terrorisme. Ses détracteurs y voyaient une menace pour la liberté d’expression et dénonçaient un risque d’amalgame entre les Français juifs et l’État d’Israël.
Barbara Butch avait pourtant reçu le soutien de La France insoumise après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, lorsqu’elle avait été la cible d’une importante campagne de cyberharcèlement menée par des militants d’extrême droite.
Un concert interrompu après une vingtaine de minutes
Samedi soir, la prestation de la DJ a été interrompue après une vingtaine de minutes. La mairie de Grenoble a indiqué avoir pris cette décision « afin de garantir la sécurité du public, des équipes et de l’ensemble des personnes présentes ».
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des manifestants agitant des drapeaux palestiniens, sifflant et adressant des doigts d’honneur à l’artiste alors qu’elle se trouvait sur scène.
« On est extrêmement fiers d’avoir participé à cette manifestation pacifique », a assuré à l’AFP Allan Brunon, élu insoumis à la mairie de Grenoble, tout en niant que des projectiles aient été lancés en direction de Barbara Butch.
La municipalité affirme au contraire que des « bouteilles en verre » et d’autres projectiles ont été jetés « délibérément » en direction de la scène.
Une avalanche de réactions politiques
Cette affaire a rapidement relancé les accusations d’ambiguïté visant La France insoumise sur la question de l’antisémitisme.
« L’antisémitisme de LFI est tout sauf résiduel », a lancé l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, faisant référence aux propos de Jean-Luc Mélenchon qui avait affirmé que « l’antisémitisme reste résiduel en France », une déclaration qui avait suscité de vives critiques.
La présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, a dénoncé de son côté « l’antisémitisme de l’extrême gauche, sa violence récurrente, sa nature et son projet totalitaires ».
Même au sein de la gauche, les critiques se sont multipliées.
Le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure, a estimé que « LFI ne sert pas la cause palestinienne. Ces méthodes n’aident en rien les Palestiniens et desservent les militants sincères ».
L’ancienne députée insoumise Clémentine Autain a également pris ses distances : « N’a-t-on pas plutôt des représentants politiques qui défendent la loi Yadan à interpeller fortement avant de s’en prendre à Barbara Butch ? », s’est-elle interrogée. Elle a rappelé que l’artiste est « une femme engagée dans le combat LGBTQI+ et contre la grossophobie, cible régulière d’attaques violentes, sexistes et antisémites ».
L’embarras de La France insoumise
Invité de franceinfo, le coordinateur national de LFI, Manuel Bompard, est apparu plus mesuré.
« Elle a décidé de prendre une position politique et je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation », a-t-il déclaré, avant de préciser que cela ne pouvait se concevoir « qu’à partir du moment où cette protestation est pacifique ».
Signe du malaise suscité par cette polémique au sein du mouvement, un cadre de La France insoumise contacté par l’AFP a simplement répondu : « Je passe mon tour. »