Les faits remontent au début du mois d’avril 2026. Un camion frigorifique appartenant au transporteur landivisien Péron international se rend dans la région de Milan, en Italie, pour y charger des yaourts à destination de l’Angleterre. Le 2 avril, une fois la cargaison chargée et scellée, son conducteur, âgé de 24 ans, reprend la route, direction Calais. Sur le trajet, et comme la loi l’y oblige, le chauffeur s’arrête pour passer deux nuits. « Une première, le 2 avril, au soir, dans le secteur de Lyon, sur un parking non sécurisé mais vidéoprotégé », raconte Joël Péron, gérant de la PME qui emploie 36 salariés et intervient « dans toute l’Europe ».
Un camion frigorifique de ce type appartenant à Péron International a été contrôlé, le 4 avril 2026, avec 13 passagers clandestins à bord. (Péron International)
Puis une seconde, le 3, au soir, sur un parking sécurisé et vidéoprotégé du secteur de Calais. Le 4 avril au matin, le chauffeur poursuit sa route et se présente aux douanes, à Calais. « Il a été contrôlé par la « Border Force » (police des frontières/douane britannique), qui a brisé le scellé du camion », précise le patron de Péron International. Les agents des douanes découvrent alors treize migrants à bord.
Trois amendes pour 267 000 euros
« Toute la marchandise a été détruite et mon camion n’a pas pu bouger pendant cinq jours », ajoute le patron. Puis, fin avril, le transporteur apprend qu’il est condamné à régler trois amendes, pour un montant total de 267 000 euros. « Deux amendes de 89 000 euros pour moi et 89 000 euros pour mon chauffeur… On est considérés comme des passeurs », estime Joël Péron. Ni une, ni deux, le patron landivisien conteste et engage à ses frais, « déjà un peu plus de 3 000 euros », une avocate anglaise pour le défendre, et plaide la bonne foi. « Mon chauffeur n’était pas au courant du tout qu’il transportait des migrants. Entre le départ et Calais, les scellés n’avaient pas été arrachés », dit-il.
Le scellé, installé à Milan et brisé à Calais pour procéder au contrôle. (Le Télégramme/Antoine Decléty)
Selon lui, deux hypothèses sortent du lot. « Les treize migrants ont dû profiter de la pause réglementaire du chauffeur, le 3 avril, au soir, sur le parking sécurisé, pour s’introduire dans le camion frigorifique », avec, selon lui, « la complicité de gardiens parfois soudoyés voire menacés » par les passeurs. « Les réseaux sont très organisés. C’est de notoriété publique que certains arrivent à dégonder les charnières des camions sans briser les scellés », ajoute-t-il. Un chargement clandestin qui aurait aussi pu avoir lieu, toujours selon le patron, « à Milan, au moment du chargement par l’expéditeur italien », qui, lui, n’a pas été inquiété par les douanes britanniques.
Pour se défendre, le transporteur landivisien a dû faire appel aux services d’une avocate anglaise, à ses frais. (Le Télégramme/Antoine Decléty)Régler les amendes ? « Ce serait un coup dur »
Quant à une potentielle complicité de son chauffeur ? « Non, j’ai toute confiance en lui. C’est un chauffeur fiable qui avait déjà fait des trajets vers l’Angleterre sans avoir le moindre problème », insiste Joël Péron. Mais pour que le recours aboutisse, « il faut que j’arrive à prouver à quel endroit sont montés les migrants ». Faute de quoi, l’entreprise ne peut pas espérer voir ses amendes annulées ni même réduites. « Je ne m’imagine même pas payer une somme pareille. Ce serait un coup dur », souffle le gérant, qui décrit une conjoncture déjà difficile pour la profession.
Un camion frigorifique de ce type appartenant à Péron International a été contrôlé, le 4 avril 2026, avec 13 passagers clandestins à bord. (Péron International)
« On n’est pas du tout les seuls à qui c’est arrivé. Et puis, le camion, c’est devenu le supermarché. La semaine dernière, on m’a encore volé 2 000 litres de gasoil, on nous vole de la marchandise… Ajouté à cela l’insécurité pour les chauffeurs, ça fait beaucoup », déplore-t-il. Et d’en appeler à l’aide : « On me répond partout que c’est un sujet sensible mais j’aimerais que quelqu’un fasse pression… Je me sens tout seul dans ce dossier. J’aimerais avoir un rendez-vous avec le ministre des Transports. » Un courrier, en soutien au transporteur landivisien, lui a déjà été adressé par Maël de Calan, président du Département. La décision concernant son recours sera, quant à elle, connue, ce jeudi 23 juillet.