Peu connue en Europe, la fièvre de la vallée est une
infection provoquée par un champignon présent dans les sols secs du
sud-ouest des États-Unis, du Mexique et de certaines régions
d’Amérique centrale et du Sud. Si la plupart des personnes
guérissent spontanément ou avec un traitement antifongique, la
maladie peut parfois se propager à d’autres organes : on parle
alors de coccidioïdomycose disséminée, une forme rare mais
potentiellement mortelle. Chaque année, près de 20 000 cas sont
signalés aux Centers for Disease Control and Prevention (CDC).

Face aux
patients chez qui les traitements disponibles ne fonctionnent plus
ou deviennent trop difficiles à supporter, les chercheurs explorent
de nouvelles pistes. Une étude clinique publiée dans les Annals of Internal Medicine s’est intéressée à
un nouvel antifongique oral, encore non approuvé par la FDA. Les
premiers résultats nourrissent l’espoir d’une nouvelle option
thérapeutique.

Qu’est ce que cette infection surnommée la fièvre de la vallée
?

La coccidioïdomycose (ou fièvre de la vallée) est une infection
due à des champignons du sol qui se contracte en inhalant des
spores. Le plus souvent, elle se limite aux poumons et provoque
fièvre, toux, fatigue, avec une évolution spontanément favorable ou
sous antifongiques azolés. Longtemps considérée comme une maladie
limitée aux régions désertiques américaines, la fièvre de la vallée
a toutefois déjà été observée en Europe. Une revue récente a recensé 197 cas
rapportés sur le continent entre 1948 et 2022, dont 20 en France,
principalement après un voyage ou une installation dans une zone où
le champignon circule

Selon les Centres pour le contrôle et la prévention des
maladies, la forme disséminée représente environ 1
%
des cas, lorsque le champignon quitte les poumons pour
atteindre les os, la peau, les articulations ou les méninges. Cette
évolution peut entraîner des douleurs chroniques, des atteintes
neurologiques et la nécessité de traitements antifongiques au long
cours, parfois maladaptés en cas de résistance, d’interactions
médicamenteuses ou de toxicité.

Quel est ce traitement antifongique ?

L’olorofim est le premier représentant d’une
nouvelle famille, les orotomides. Il cible une enzyme clé du
métabolisme fongique, la dihydroorotate déshydrogénase,
indispensable à la fabrication des bases pyrimidiques utilisées
pour l’ADN et l’ARN du champignon. En bloquant cette voie, le
médicament freine la croissance du pathogène tout en restant
spécifique des cellules fongiques.

Administré par voie orale, l’olorofim dispose d’une désignation
de médicament orphelin par la FDA
depuis le 11 mars 2020 pour la coccidioïdomycose, mais il n’a reçu
aucune autorisation de mise sur le marché à ce jour. Il reste donc
un produit expérimental, auquel les patients peuvent accéder
uniquement dans le cadre d’essais cliniques ou de programmes
d’accès encadrés par des centres experts.

76% des patients présentent une
amélioration clinique

L’essai de phase 2, mis en avant par le Valley Fever Center for
Excellence de l’Université d’Arizona a inclus 41
patients
âgés de 16 ans ou plus, entre mai 2019 et août
2022. Tous présentaient une coccidioïdomycose disséminée considérée
comme résistante aux antifongiques approuvés, sans amélioration
malgré ces traitements, ou compliquée par
des interactions majeures ou une intolérance. Les participants ont
reçu de l’olorofim seul ou en association avec les soins standards
pendant 84 jours, dans un protocole ouvert et sans groupe
contrôle.

Au 42ᵉ jour, environ 76 % des patients
présentaient une amélioration clinique, proportion encore proche de
73 % au 84ᵉ jour. Cette amélioration reposait sur
une évaluation globale combinant symptômes, examens d’imagerie et
données biologiques, plus que sur une disparition totale de
l’infection. L’effet indésirable le plus fréquent était une
élévation des enzymes hépatiques, généralement gérée par une
surveillance rapprochée ou un ajustement de dose. Ces données
justifient des études comparatives plus larges pour confirmer la
place de l’olorofim comme option de rattrapage chez certains
patients atteints de coccidioïdomycose disséminée.