D’après les données de Bloomberg, la valeur estimée des exportations de pétrole contrôlées par les États-Unis est passée de 600 millions de dollars en janvier (environ 380 000 barils par jour) à environ 3,7 milliards de dollars pour le seul mois d’avril (environ 1,1 million de barils par jour). Une aubaine pour les Américains.

Une perte colossale pour le Venezuela

Début janvier, l’administration Trump, qui venait de prendre le contrôle du pétrole vénézuélien, affirmait pourtant vouloir relancer l’économie du pays, alors en pleine crise.

Le gouvernement vénézuélien ne fait état que d’un unique versement de 300 millions de dollars, soit environ 2,3 % des quelque 13 milliards que Washington aurait perçus.

« Grâce au président Trump, les États-Unis rétablissent la prospérité, la sûreté et la sécurité aux États-Unis et au Venezuela », affirmait même le ministère de l’énergie américain le 7 janvier dernier. « Ces fonds (recettes pétrolières, NdlR) seront distribués au profit des peuples américain et vénézuélien. Ces livraisons de pétrole débutent immédiatement, avec la vente prévue d’environ 30 à 50 millions de barils. Elles se poursuivront indéfiniment », continuait le ministère.

Trump s’en prend à un géant américain du pétrole et veut l’écarter du Venezuela : « Ils jouent trop gentiment »

Depuis, le gouvernement vénézuélien a mis en place un site web qui permet de suivre les recettes provenant des ventes gérées par les États-Unis. Or, celui-ci ne fait état que d’un unique versement de 300 millions de dollars, soit environ 2,3 % des quelque 13 milliards que Washington aurait perçus.

Le site Transparencia Oberana regroupe les rentrées d'argent des recettes pétrolières.Le site Transparencia Oberana regroupe les rentrées d’argent des recettes pétrolières. ©Transparencia Oberana

Alors que les recettes pétrolières représentent en temps normal un quart du PIB du Venezuela, toujours selon le FT, ce manque à gagner est donc considérable pour le pays.

Une volonté américaine affichée dès le début

Au lendemain de la capture de Maduro, les ONG alertaient déjà. « Trump a attaqué le Venezuela pour s’emparer de son pétrole », affirmait notamment Global Witness, une ONG spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles.

Pour rappel, le Venezuela possède les plus importantes réserves de pétrole au monde. Mais depuis plusieurs années, sa production pétrolière a particulièrement chuté en partie à cause de la corruption, du sous-investissement du gouvernement dans les infrastructures mais aussi à cause de l’embargo américain sur le pétrole vénézuélien, rappelle Global Witness. À titre d’exemple : alors que le pays dispose de 17 % des réserves mondiales de brut, le Venezuela n’a produit que 0,8 % du pétrole mondial en 2023. La majeure partie des réserves vénézuéliennes est toutefois constituée de pétrole « lourd », qui requiert des investissements coûteux et des techniques d’extraction très précises.

RaffinerieCheminée d’une raffinerie de pétrole, à Puerto La Cruz (Venezuela) le 4 novembre 2021. ©AFP or licensors

« L’invasion du Venezuela par Trump a été, dès le départ, une affaire de pétrole, de pouvoir et de corruption, des milliards de dollars de recettes pétrolières vénézuéliennes étant contrôlés par l’administration Trump sans transparence ni garanties », a déclaré Joaquin Castro, membre démocrate du Congrès, au Financial Times. Ce dernier a également affirmé que le Congrès américain était totalement « tenu dans l’ignorance » des affaires de Trump au Venezuela.

Trump met la main sur les plus grandes réserves pétrolières au monde

Depuis que les Américains ont « pris le contrôle du pétrole », début janvier, les sanctions américaines ont été levées et de nombreuses entreprises américaines, déjà implantées dans le pays, ont renforcé leurs investissements. « Au moins 100 milliards de dollars seront investis par les GRANDES COMPAGNIES PÉTROLIÈRES, que je rencontrerai toutes aujourd’hui à la Maison Blanche », avait écrit Donald Trump le 9 janvier dernier sur son réseau Truth Social.

Le Venezuela toujours sous pression

Le Venezuela est par ailleurs confronté aux conséquences des deux séismes du 24 juin, qui ont fait plus de 5 000 morts. Selon l’ONU, les dégâts aux bâtiments et aux infrastructures dépasseraient les 37 milliards de dollars.

Members of Argentina�s search and rescue team and volunteers work removing the building's rubble in Punta Tanaguanera, La Guaira, Venezuela, on July 21, 2026, nearly a month after the June 24 earthquakes. The number of people killed in the powerful dual Venezuela earthquakes last month rose to 5,278, according to official figures updated on July 20, 2026. (Photo by Juan BARRETO / AFP)Les tremblements de terre du 24 juin ont fait plus de 5000 morts au Venezuela.

Des catastrophes qui arrivent dans un contexte économique particulièrement difficile pour le pays. L’ampleur de sa dette et l’identité des créanciers qui la détiennent (comme la Chine et la Russie) continuent de fragiliser le pays. Si le Venezuela ne publie pas de statistique officielle sur les chiffres de sa dette, la plupart des analystes relayés par Reuters estiment que sa dette totale se situe entre 150 et 200 milliards de dollars. Pour le Financial Times, on estime même le montant à 240 milliards de dollars. Dans ce contexte, les recettes issues du pétrole sont cruciales pour le pays…