Faire alliance peut parfois s’avérer très bénéfique. C’est ce qu’ont décidé de faire le Royaume-Uni et l’Allemagne en signant l’accord Trinity House en 2024, dont l’objectif était de renforcer les liens militaires entre les deux pays, notamment face à la montée des tensions en Europe et au renforcement des capacités militaires russes.

Mais les deux nations ne se sont pas arrêtées là puisqu’elles ont également signé le traité de Kensington, qui vise à établir un cadre durable pour approfondir leurs relations dans plusieurs domaines, notamment la sécurité, la défense, l’économie, la recherche et les échanges entre citoyens.

L’union fait la force

Dans la continuité de ce rapprochement, Berlin et Londres ont annoncé lors du sommet de l’OTAN de juillet 2026 à Ankara, le lancement d’un programme commun de développement d’un missile à longue portée destiné à renforcer les capacités de défense européennes face à la Russie. Baptisé Deep Precision Strike (DPS), soit « frappe de précision à longue portée » en français, ce nouveau système représente un investissement de 30 milliards de livres et devrait être livré d’ici 2034.

Il pourrait notamment permettre de frapper des cibles stratégiques situées en Russie à plus de 2 000 kilomètres de distance. « Le Royaume-Uni souhaitait depuis plusieurs années que l’Allemagne joue un rôle en matière de défense, mais celle-ci ne pouvait tout simplement pas le faire pour des raisons politiques. Désormais, la situation a changé et il existe un immense sentiment d’opportunité », a confié une source sécuritaire britannique au média The Telegraph.

Ce projet devrait s’appuyer sur une combinaison de financements allemands et d’expertise britannique, suivant le modèle de l’expansion récente, financée par l’Allemagne, des usines d’armement au Royaume-Uni, qui a également créé des centaines d’emplois.

Les États-Unis s’inquiètent du développement de ce nouveau missile à longue portée

Deux versions du missile DPS seraient actuellement à l’étude. La première consisterait en un missile de croisière capable de voler à basse altitude afin d’échapper aux défenses aériennes russes, tandis que la seconde reposerait sur un missile hypersonique pouvant atteindre une vitesse cinq fois supérieure à celle du son. Selon le média britannique, le Royaume-Uni estime que le projet progresse à un bon rythme et pourrait devenir le symbole d’une Europe cherchant progressivement à réduire sa dépendance au soutien militaire américain. Un nouveau projet commun que les États-Unis voient d’un mauvais œil.

En effet, l’administration Trump a affirmé que les pays européens se berçaient d’illusions s’ils pensaient pouvoir éclipser les États-Unis en tant que grandes puissances de sécurité. « Le fait est qu’aucun autre pays ne peut rivaliser avec la base industrielle de défense américaine, que ce soit en quantité ou en qualité », a écrit Elbridge Colby, sous-secrétaire américain à la Défense, sur X. Il a ensuite ajouté que « Comme le dit le président, les États-Unis fabriquent les meilleurs équipements, et nous les fabriquons à une échelle qu’aucun concurrent sérieux ne peut égaler ».

Une réaction qui n’a pas forcément été comprise, puisque le gouvernement américain s’est lui-même plaint à plusieurs reprises du fait que les membres européens de l’OTAN ne consacraient pas suffisamment de fonds à la défense. Selon le Dr Sidharth Kaushal, expert en missiles au sein du groupe de réflexion britannique sur la sécurité Rusi, quelle que soit la forme que prendra le projet, il pourrait avoir une influence majeure sur la dissuasion de l’OTAN face à la Russie.

La durée du projet suscite des inquiétudes

L’une des sources citées par The Telegraph a tenu à saluer cet esprit de communication « directe » ainsi que la volonté de Berlin de « passer à l’action ». « L’Allemagne a pris des engagements financiers et consacre des sommes astronomiques à la défense. Elle met du temps à prendre ses décisions, mais une fois celles-ci arrêtées, elle avance avec une logique toute prussienne », a-t-elle ensuite déclaré.

Celle-ci a également fait l’éloge d’Andrew Jonathan Mitchell, l’ambassadeur britannique à Berlin, après qu’il se soit « davantage impliqué dans les questions de sécurité que tous ses prédécesseurs d’après-guerre ». Certains experts militaires craignent cependant que le calendrier du programme DPS soit tout simplement trop long, surtout compte tenu de la rapidité avec laquelle l’Ukraine a progressé dans le domaine des opérations à longue portée.

Ben Hodges, ancien commandant des forces américaines en Europe, a qualifié le délai de dix ans de « ridicule » et a déploré le manque d' »urgence du projet ». « Les Ukrainiens possèdent déjà des drones capables de parcourir 2 000 kilomètres avec une ogive de forte puissance. Il ne s’agit pas d’envoyer des hommes sur la Lune », a-t-il conclu.