mémoire – Paris souhaite débaptiser la place Maurice-Barrès au profit de Lucie Dreyfus. En Lorraine, où l’écrivain antisémite est né, on préfère se souvenir d’un « auteur de talent »

Adulé par ses lecteurs de son vivant, Maurice Barrès (1862-1923) fut aussi un antisémite virulent. Faut-il pour autant effacer son nom de l’espace public ? La Ville de Paris a tranché : l’écrivain n’aura bientôt plus de place à son nom dans la capitale. Mais la question se pose à peine dans sa Lorraine natale, où subsistent de nombreuses rues Barrès.

Une place débaptisée au profit de Lucie Dreyfus à Paris

Mi-juillet, le maire socialiste de la capitale, Emmanuel Grégoire, a annoncé son intention de rebaptiser la place Maurice Barrès, dans le Ier arrondissement. Elle porterait désormais le nom de Lucie Dreyfus, l’épouse du capitaine Alfred Dreyfus.

De confession juive, Alfred Dreyfus fut condamné à la fin du XIXe siècle pour haute trahison, sur la base de fausses preuves et dans un climat profondément antisémite. Il a été réhabilité en 1906 au terme d’une longue bataille menée par des responsables politiques, des intellectuels et des écrivains. Or Maurice Barrès était l’un des plus féroces « antidreyfusards ». « Que Dreyfus est capable de trahir, je le conclus de sa race », écrivait-il en 1904.

« Même si la pensée de Maurice Barrès a évolué au cours de sa vie, ses mots ont laissé une terrible trace dans notre mémoire collective », jugent Emmanuel Grégoire et deux élus parisiens dans une tribune publiée dans le journal Libération.

« Un auteur de talent », défend Charmes, sa ville natale

Mais en Lorraine, où des dizaines de lieux portent le nom de Barrès, plusieurs maires affir(…)

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