Sur le sable du Prado, le soleil s’est couché comme un soir d’été ordinaire. Pourtant, cette deuxième nuit du Delta Festival ne ressemblait à aucune autre. Quelques jours avant l’ouverture, des révélations visant le président du festival, Olivier Ledot, accusé de violences sexistes et sexuelles, ont bouleversé l’événement. Plusieurs têtes d’affiche ont annulé leur venue et la programmation a été remaniée jusqu’aux dernières heures. À tel point qu’Ebony, révélée par la Star Academy et annoncée hier, a disparu de l’affiche sans explication.

Ce contexte s’est ressenti dès les premières heures. Moins de festivaliers, des allées plus aérées qu’à l’accoutumée et une ambiance timide malgré le décor de carte postale offert par les plages du Prado. « J’avais réservé mes vacances autour de ce festival et je ne pouvais plus annuler. J’essaie de profiter comme je peux, mais la fête a un goût amer », confie Manon, 24 ans, venue de la région lyonnaise. Un sentiment partagé par plusieurs festivaliers venus, malgré tout, profiter d’un week-end qu’ils avaient parfois préparé depuis plusieurs mois.

Le chanteur marseillais TK a mis le feu au Delta Festival.Le chanteur marseillais TK a mis le feu au Delta Festival. / PHOTO Frédéric SPEICH

Sur la Live Stage, scène principale du festival, le DJ Nalo Palia ouvre les festivités. Malgré une sélection musicale efficace mêlant house, électro et rythmes ensoleillés, le public reste longtemps observateur. Les premiers rangs dansent timidement, mais la fosse peine encore à se remplir avant l’arrivée de la première tête d’affiche.

L’énergie du rappeur marseillais TK

À 21 heures, TK fait son entrée. Le rappeur marseillais, devenu l’un des nouveaux visages de la scène urbaine française, après avoir rempli le Dôme et partagé la scène du Vélodrome avec Alonzo, déborde d’énergie. Pourtant, malgré ses premiers morceaux, la foule peine encore à suivre. Les festivaliers restent dispersés, comme retenus par le contexte si particulier de cette édition.

Après quelques titres, l’artiste prend alors la parole pour évoquer les accusations visant le président du festival. « On condamne ce qu’il a fait, mais il ne va pas nous empêcher de faire la fête aujourd’hui », lance-t-il. « N’ayez pas honte d’être ici, c’est lui qui doit avoir honte », poursuit-il, avant de rappeler son attachement aux plages du Prado, où il dit avoir grandi.

L'artiste MC MENOR JP.L’artiste MC MENOR JP. / PHOTO Frédéric SPEICH

Le discours fait rapidement effet. Les rangs se densifient, les téléphones s’élèvent et les refrains sont repris en chœur. Porté par cette communion retrouvée, TK enchaîne La Nourrice, Monoï Paillettes, En goumin et On va s’oublier, transformant progressivement une foule hésitante en un public conquis. Avant de quitter la scène, il fait circuler son disque d’or fraîchement obtenu parmi les premiers rangs, au plus près de ses fans.

Dans la soirée, des centaines et des centaines de festivaliers en communion avec les artistes.Dans la soirée, des centaines et des centaines de festivaliers en communion avec les artistes. / PHOTO Frédéric SPEICH

Après une longue transition, changement total d’ambiance avec MC Menor JP. En une trentaine de minutes, le Brésilien apporte un parfum de Rio sur les plages du Prado. Entre Menina de Vermelho, Mafu et Eu Não Sei Falar de Amor, les drapeaux brésiliens fleurissent, les chorégraphies virales envahissent le sable et les remix de classiques du baile funk embrasent enfin la foule. L’artiste glisse aussi quelques clins d’œil au public avec des titres français remixés, avant de quitter la scène aussi rapidement qu’il est arrivé, laissant un DJ prolonger la fête.

Ambiance de folie sur les plages du Prado.Ambiance de folie sur les plages du Prado. / PHOTO Frédéric SPEICH

De Marseille à Rio, la Live Stage aura finalement concentré les deux temps forts d’une soirée pas comme les autres. Malgré une affluence en baisse et une atmosphère marquée par les polémiques, TK puis MC Menor JP ont rappelé que, le temps d’un concert, la musique pouvait encore rassembler.