La banque centrale russe a procédé vendredi à une baisse des taux d’intérêt moins importante qu’à l’habitude, une mesure de compromis visant à soutenir une croissance économique en stagnation alors même que l’inflation, alimentée par les dépenses de guerre, reste supérieure à l’objectif fixé par la banque.
Cette baisse d’un quart de point, qui ramène le taux à 14 %, montre que la banque ralentit le rythme de ses baisses de taux par rapport au pic de 21 % atteint l’année dernière. La banque avait procédé à des baisses d’au moins un demi-point de pourcentage jusqu’à celle d’un quart de point du 19 juin.
Ce ralentissement du rythme des baisses semble constituer un compromis entre les plaintes du lobby des entreprises russes concernant les taux élevés et l’objectif de la banque centrale de ramener l’inflation à son objectif de 4 % par an. Des taux élevés permettent de lutter contre l’inflation, mais alourdissent les coûts pour les entreprises qui souhaitent emprunter pour investir ou couvrir leurs dépenses.
Mercredi, Alexandre Chokhine, président de l’Union russe des industriels et des entrepreneurs, a mis en garde contre une vague de «faillites d’automne» si la banque centrale maintenait ses taux à leur niveau actuel.
L’économie russe a mieux résisté que beaucoup ne s’y attendaient malgré les sanctions occidentales qui ont suivi le lancement par le président Vladimir Poutine de l’invasion de l’Ukraine. Le budget a été soutenu par la poursuite des exportations de pétrole, tandis que les commandes militaires ont permis aux usines de continuer à fonctionner.
L’inflation a toutefois été alimentée par l’augmentation des dépenses publiques liées à la guerre et, plus récemment, par la hausse des prix des carburants, conséquence des attaques de drones ukrainiens qui ont mis hors service des raffineries et entraîné des pénuries dans certaines régions. Le chômage reste toutefois faible et la banque centrale a indiqué qu’une partie de la pression inflationniste actuelle était due à des facteurs temporaires.
L’inflation annuelle s’élevait à 5,9 % en date du 20 juillet et devrait se situer entre 6 % et 7 % l’année prochaine, un niveau toujours supérieur à l’objectif de 4 % fixé par la banque, tandis que les entreprises ont fait état de prévisions nettement revues à la baisse en matière de demande et de production.
La croissance a ralenti, passant de plus de 4 % par an en 2023-2024 à 1 % l’année dernière, à mesure que l’effet stimulant de l’augmentation des dépenses en matière de défense s’est estompé. Le gouvernement prévoit une croissance de 0,4 % cette année. Ces derniers jours, l’économie a subi de nouvelles perturbations dues aux attaques de drones ukrainiens contre les entrepôts de Wildberries, le plus grand détaillant en ligne du pays et un point de vente pour des centaines de milliers de petites entreprises.