Voilà des mois qu’Alain Senentz déambule dans le parc central de Bonneveine (8e), tendant à qui veut bien la signer, la pétition contre l’abattage d’arbres prévu par la Ville. En ajoutant sa version mise en ligne, le texte a recueilli plus de 1 600 paraphes.

Habitant en lisière du parc dessiné il y a cinquantaine d’années le long de l’avenue de Hambourg (8e), Alain Senentz a monté un collectif de riverains pour dénoncer la façon dont la renaturation du parc aboutit à « détruire les arbres ».

Pavés enlevés, arbres fragilisés

« En enlevant les pavés du parc, pour désimperméabiliser les sols, ils ont déstabilisé et fragilisé des arbres cinquantenaires qu’ils veulent maintenant abattre, déplore Élisabeth Parisot, membre du collectif. On était ravis du projet de renaturation, mais dans les concertations, il a toujours été question de replanter des arbres, pas d’enlever des pavés et d’abattre des pins. »

La Ville a programmé des travaux de modernisation du parc et de la promenade de la Sarette après trois ateliers de mobilisation menés entre février en juin 2021. Lancé en septembre 2025, pour un an et un montant de 2,46 millions d’euros, ce chantier prévoit une renaturation qui se traduit notamment par la désimperméabilisation de 800 m², ainsi que la plantation de 70 arbres, 110 jeunes arbres, 18 000 arbustes et 11 000 vivaces. Sur les pancartes apposées dans le parc, la dépose des pavés des cratères est annoncée. Mais pas leurs conséquences.

« On a alerté la mairie bien en amont mais on ne nous a pas écoutés, poursuit Élisabeth Parisot. Le chantier est maintenant arrêté depuis plus de trois mois, il y a des barrières partout, et dans quelques jours, les arbres seront abattus. »

Sur les conseils de la Ligue de protection des oiseaux, la Ville a retardé cette opération pour respecter la période de nidification de deux grands groupes d’espèces nicheuses. « Il y a des mésanges ici, des rouges-gorges, des écureuils roux, des chauves-souris…, énumère Alain Senentz. On s’inquiète pour cet écosystème. » Selon le collectif, « les travaux ont déjà occasionné la perte de 15 arbres cinquantenaires et 32 autres sont menacés d’abattage en août. »

Contactée, la Ville indique qu’à la suite de « plusieurs épisodes de vents violents en début d’année », elle a mandaté l’Office national des forêts (ONF) pour réaliser une expertise complète du site, qui a « mis en évidence la fragilité structurelle de certains sujets, en lien notamment avec les conditions de plantation initiales du parc, qui limitent aujourd’hui leur bon enracinement. » L’ONF préconise ainsi d’enlever « 37 arbres présentant un risque élevé de chute susceptible de porter atteinte à la sécurité des usagers et des riverains. »

Soutenu par France nature environnement 13, le collectif a été reçu à trois reprises par la Ville, « parce qu’on a fait deux sit-in, devant la mairie de secteur puis devant la mairie centrale, et parce qu’on a leur remis la pétition fin juin », souligne Alain Senentz. En vain.

210 arbres plantés pour compenser

Pour empêcher tout abattage, un référé sera déposé la semaine prochaine devant le tribunal administratif par le cabinet d’avocats Carlini que le collectif a sollicité. La Ville veut intervenir « fin août avec pour objectif de limiter l’action aux sujets nécessaires et avec la plus grande vigilance afin de préserver l’équilibre paysager du site et le cadre de vie des habitants. »

Elle ajoute que pour compenser cet abattage, « 210 arbres tiges (copalme d’orient, charme houblon, margousier, chêne soyeux d’Amérique… de 3 à 4 m de haut) seront plantés à la place des fragiles et sur d’autres zones du parc. […] Associées à des techniques favorisant un enracinement profond, ces essences permettront de renforcer durablement la résilience du parc notamment face aux épisodes de vent », assure la Ville.

Pas de quoi apaiser les craintes des riverains, qui demandent toujours une transparence sur les diagnostics, une expertise contradictoire et une reprise du chantier, concertée avec les habitants.