Par
Liam Gé
Publié le
21 juil. 2026 à 12h18
« Pour moi, c’est une situation très critique. Mais malheureusement, on fait avec. Parce que c’est notre mission. » Quelques jours après le référé liberté visant les conditions de détention « inhumaines » au centre pénitentiaire de Bordeaux-Gradignan, les surveillants sortent à leur tour du silence. Sans contester les constats dressés devant le tribunal administratif, le délégué du personnel FO Justice de la prison décrit un établissement dans une situation « critique », où personnels et détenus maintiennent l’équilibre « avec les moyens du bord », faute d’effectifs et de financements suffisants.
Les manques de moyens financiers dénoncés
À travers tous les éléments du rapport accablant du CGLPL sur la prison de Bordeaux-Gradignan, Hubert Gratraud alerte : « En toute sincérité, ce qu’il nous manque, c’est des moyens. On n’a pas d’argent », résume-t-il.
Selon lui, cette précarité ralentit jusqu’aux réparations du quotidien. « Même pour 100 euros, on est obligés de demander l’autorisation pour faire des travaux parce qu’il n’y a pas d’argent », déplore-t-il. Une situation qui, selon le syndicaliste, place également la direction dans une impasse. « le directeur n’a pas une thune pour faire des travaux. Il n’a pas une thune pour améliorer les conditions de détention. C’est une catastrophe. »
Au-delà des moyens financiers, Force Ouvrière estime que la prison souffre également d’un manque chronique d’effectifs, avec des conséquences directes sur le travail des surveillants et la sécurité de l’établissement.
Un manque criant de moyens humains
« On est 488 surveillants pour environ 1 100 à 1 200 détenus. Mais on a 57 postes vacants et une cinquantaine d’agents absents chaque jour », explique le représentant syndical. Une situation qui bouleverse le fonctionnement de l’établissement.
« Normalement, on est deux surveillants pour un détenu. Aujourd’hui, on a trois détenus pour un surveillant. Le ratio est inversé », alerte-t-il. Pour lui, cette baisse des effectifs fragilise directement la sécurité des personnels : « Si un collègue ouvre une porte, trois détenus peuvent l’attraper et lui voler ses clés. »
Une situation qui nourrit les inquiétudes du syndicat, alors que le centre pénitentiaire fait déjà face à une surpopulation record. Initialement prévu accueillir 622 détenus, la prison girondine en accueille 1188, soit un taux d’occupation de 191 % le 5 juin dernier.
La peur d’atteindre un « point de non-retour »
Malgré des conditions de travail toujours plus difficiles, les surveillants assurent que le centre pénitentiaire continue de fonctionner grâce au dialogue entre agents et détenus : « On a toujours cette petite paix sociale parce qu’on travaille toujours avec intelligence », explique Hubert Gratraud.
Au quotidien, les équipes adaptent leur manière de travailler pour éviter que la tension augmente. Le surveillant pénitentiaire nous a par exemple donné un cas concret : « Si, à 5h45, un détenu veut prendre une douche et qu’on voit qu’il est passablement énervé, on va lui donner la douche, même si ce n’est pas le créneau. On essaie d’arranger. »
Mais le représentant syndical prévient que cette stabilité reste fragile. « Si demain, sur la prison de Bordeaux, ils veulent bloquer la prison ou y mettre le feu, ils sont tout à fait capables de le faire. C’est même plus qu’une évidence », affirme-t-il.
Selon lui, les effectifs actuels ne permettraient pas de faire face à un mouvement d’ampleur. « Si vous avez 100 détenus qui mettent le feu sur une cour et 100 sur une deuxième cour, on ne peut pas les contenir. Techniquement parlant, c’est impossible. »
Pour l’heure, surveillants comme détenus « font en sorte que ça fonctionne », estime Hubert Gratraud. Mais cet équilibre repose davantage sur les relations humaines que sur les moyens alloués à l’établissement. « Moi, ce que je crains, c’est qu’un jour, on arrive à un point de non-retour », a ajouté le représentant syndical pour conclure.
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