Le ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, a accusé les États-Unis d’avoir violé les dispositions relatives au détroit d’Ormuz prévues par le mémorandum d’entente conclu après le conflit, affirmant que Washington cherchait à affaiblir l’autorité de Téhéran sur cette voie maritime stratégique en ouvrant un corridor de navigation alternatif.
Dans un entretien publié samedi par le quotidien officiel Iran, Araghchi a rejeté les critiques selon lesquelles l’article 5 du mémorandum serait ambigu, assurant que cette disposition confie clairement à l’Iran la responsabilité du rétablissement de la navigation dans le détroit d’Ormuz.
Selon Araghchi, l’article 5 prévoit que l’Iran prenne, dans un délai d’un mois, toutes les mesures nécessaires à la réouverture du détroit d’Ormuz, notamment la définition des itinéraires maritimes et les opérations de déminage.
Il a ajouté que l’accord prévoit également la fourniture gratuite, pendant 60 jours, des services liés à la navigation, avant que l’Iran et Oman n’entament des négociations sur un cadre à long terme pour la gestion de cette voie maritime stratégique et des services associés.
« De notre point de vue, cet article est parfaitement clair », a-t-il déclaré.
Le chef de la diplomatie iranienne a accusé Washington d’avoir enfreint le mémorandum en ouvrant un corridor maritime distinct au sud avant l’expiration du délai d’un mois prévu pour la mise en œuvre de l’accord.
« Lorsque l’article 5 indique que l’Iran prendra les dispositions nécessaires, cela signifie que c’est l’Iran qui détermine l’itinéraire ainsi que le mécanisme à suivre », a-t-il affirmé. « Si les Américains estimaient qu’un autre corridor devait être ajouté ou supprimé, ils auraient dû consulter l’Iran. »
Il a expliqué que l’itinéraire retenu par Téhéran avait été choisi pour des raisons de sécurité et de sûreté de la navigation, les opérations de déminage étant toujours en cours.
D’après Araghchi, le corridor alternatif a été mis en place une dizaine de jours après la réouverture du détroit, alors qu’il restait encore deux semaines avant l’échéance prévue par l’accord.
Il a indiqué que Téhéran avait adressé à plusieurs reprises des mises en garde à Washington via la ligne de communication directe établie après les discussions en Suisse, ainsi que par l’intermédiaire des médiateurs qatari et pakistanais.
« J’ai personnellement transmis ces messages, directement et par l’intermédiaire des médiateurs qatari et pakistanais », a-t-il déclaré, ajoutant que l’Iran avait demandé aux États-Unis d’attendre la fin de la période de mise en œuvre avant d’évaluer le respect de l’accord par Téhéran.
« Nous n’avons constaté aucun signe de bonne volonté dans le comportement des États-Unis », a poursuivi Araghchi. « Il semblait qu’ils étaient déterminés soit à créer des tensions, soit à affaiblir la souveraineté de l’Iran et son autorité sur le détroit d’Ormuz. »
Il a également affirmé que les communications maritimes montraient que les navires étaient encouragés à éviter l’itinéraire défini par l’Iran au profit du corridor sud, que Téhéran juge plus lent et présentant davantage de risques pour la navigation.
« Au final, quelles qu’aient été leurs intentions, ce sont les États-Unis qui ont violé l’accord et provoqué les développements auxquels nous assistons aujourd’hui », a-t-il ajouté.
Les tensions régionales se sont intensifiées après que le président américain Donald Trump a annoncé, le 8 juillet, que le cessez-le-feu prévu par le mémorandum d’Islamabad n’était plus en vigueur.
Depuis, les États-Unis et l’Iran ont échangé plusieurs frappes. Washington a ciblé des sites situés en Iran, tandis que Téhéran affirme avoir frappé des installations et des équipements militaires américains dans plusieurs pays de la région.
Interrogé sur les relations entre l’Iran et les pays arabes après les 40 jours de conflit, Abbas Araghchi a reconnu que les tensions demeuraient, tout en estimant qu’une volonté croissante de rétablir la confiance émergeait au niveau régional.
Il a indiqué que l’Iran avait maintenu un dialogue permanent avec ses voisins afin d’expliquer que ses opérations militaires visaient à répondre à des attaques et non à cibler les États de la région.
Araghchi a également reproché aux forces américaines d’avoir utilisé des installations situées dans certains pays de la région durant le conflit, estimant que cela s’était produit soit avec l’accord de ces États, soit en raison d’une utilisation de leur territoire.
Malgré ces griefs, il a affirmé que les gouvernements de la région reconnaissaient de plus en plus que la sécurité et la stabilité devaient être assurées collectivement, plutôt que par le recours à des puissances militaires étrangères.
« Je constate une volonté de reconstruire la confiance », a-t-il déclaré. « Nous sommes voisins et nous le resterons. Nous devons vivre ensemble dans la paix. »
Selon lui, le récent conflit a démontré que l’accueil de bases militaires étrangères ne renforçait pas nécessairement la sécurité et pouvait même, dans certains cas, devenir une source d’insécurité.
Évoquant la situation dans le détroit de Bab el-Mandeb, Abbas Araghchi a estimé que le conflit au Yémen ne devait pas être interprété uniquement à travers le prisme de l’Iran, mais comme une crise régionale de longue date impliquant le Yémen, l’Arabie saoudite et d’autres pays voisins.
Il a réaffirmé qu’il n’existait aucune solution militaire à cette crise et a appelé à un dialogue entre le Yémen et l’Arabie saoudite, ainsi qu’entre les différentes parties yéménites.
« L’Iran est prêt à jouer un rôle constructif si un dialogue s’engage entre le Yémen et l’Arabie saoudite », a-t-il déclaré.
Araghchi a ajouté que Téhéran avait constamment privilégié la voie diplomatique, exprimant l’espoir que les tensions actuelles ne compliquent pas davantage la situation au Yémen.
« La question yéménite peut être résolue par la diplomatie et le dialogue », a-t-il conclu. « Il n’y a aucune nécessité d’une nouvelle confrontation militaire. »
* Traduit de l’anglais par Adama Bamba