Une rivière de glaçons qui prend soudainement sa source sur les terrasses du cours Jean-Ballard (1er), des verres remplis de pastis qui se tendent vers le ciel, des billes qui rebondissent avec fracas sur les toits des immeubles : la grêle qui s’est abattue samedi 25 juillet en fin de matinée au-dessus de Marseille a fait l’objet de toutes sortes de vidéos, spectaculaires ou humoristiques sur les réseaux sociaux.
Mais sitôt l’épisode passé, nombre de Marseillais ont cessé de sourire en constatant les dégâts sur leurs verrières, leurs mobiliers de jardin, leurs gouttières et leurs véhicules.
« Sur le plan de l’attaque de grêle, on n’avait pas vu ça depuis le 19 septembre 2000, confirme le météorologue Paul Marquis, fondateur de la Météo du 13. Ces épisodes ont lieu généralement dans les terres qui chauffent beaucoup plus que la mer, c’est très rare qu’ils se forment sur la côte et le littoral. »
Des grêlons de près de 5 cm de diamètre sont tombés dans certains quartiers marseillais comme ici à la Valentine (11e). / PHOTO DR
Après de premières chutes de grêlons de 0,5 cm vers 9 h 30, ce passage exceptionnel d’un orage supercellulaire depuis la rade de Marseille à 11 h 45 a ainsi eu pour conséquence de faire tomber du ciel des boules de glace flirtant parfois les 5 cm de diamètre « au-dessus de la Pointe-Rouge, du Prado et de l’hypercentre, avec une forte intensité dans les trois premiers arrondissements de la ville, tandis que les quartiers Nord et ceux du sud étaient relativement épargnés », précise Paul Marquis. Cela se jouait parfois à quelques centaines de mètres dans un même arrondissement, la Rouvière, au Redon (9e), échappant par exemple totalement à la grêle quand de gros grêlons tombaient à Sainte-Marguerite (9e).
Des records et des dégâts
En fin d’après-midi et le soir, d’autres épisodes pluvieux se sont succédés, entraînant des cumuls de précipitations de 36 mm dans l’ouest de Marseille, et de 24 mm à Longchamp, un record de précipitations en 24 h pour un 25 juillet, largement au-dessus des 1,5 mm enregistrés en 1869.
À la Valentine (11e), la galerie commerciale d’Auchan, touchée par les intempéries, subissait des infiltrations et inondations contraignant la direction à fermer le centre en fin d’après-midi ce samedi 25 juillet et toute la journée du dimanche. « Le centre commercial rouvrira ses portes lundi matin », assurait ce dimanche son directeur Eric Peschel.
Du côté des particuliers, les nouvelles n’étaient pas meilleures, en particulier à l’est de Marseille, notamment dans les 11e et 12e arrondissements. Capots et toits de voitures cabossés, pare-brises étoilés voire totalement brisés, chaises en plastique et tables de jardin percées, gouttières éventrées, verrières et serres détruites : dès ce samedi, des centaines de Marseillais se sont plongés dans leurs contrats d’assurance pour savoir si les dégâts pouvaient être pris en charge. Certaines font payer une franchise lorsque l’origine du sinistre est naturelle, d’autres non. Il est également nécessaire de se renseigner auprès de son assureur pour savoir s’il demande de fournir un certificat d’intempérie avant de lancer une procédure d’indemnisation.
« J’ai reçu 200 à 300 mails de demandes de certificats depuis ce matin », note Paul Marquis, agréé pour fournir ce type de document payant qui permet d’attester de la réalité des intempéries sur un secteur géographique et un temps donnés.
Quid de l’état de catastrophe naturelle ?
Du côté de la Valentine, des tuiles ont été cassées. / PHOTO DR
« On espère que le maire placera la ville en état de catastrophe naturelle pour que nos assurances nous couvrent au mieux », souffle Daphné, à la Valentine (11e). En quelques minutes, les boules de glaces ont fissuré le pare-brise et abîmé la carrosserie de sa voiture, impacté le toit de sa véranda, brisé des tuiles et des gouttières de sa maison.
Contactée, la Ville de Marseille indique qu’elle n’a « pas reçu de remontées de dégâts importants mais reste vigilante à toute alerte. » Elle ajoute toutefois que « la demande de qualification de cet épisode météorologique sera instruite dès ce lundi 27 juillet. »