Plus de 300 000 personnes ont reçu des ordres d’évacuation dans le sud de l’Europe, alors que des incendies font rage en France et en Espagne.

Dans le sud-ouest de l’Hexagone, un violent incendie a contraint 55 000 personnes de plus à évacuer dans la nuit de samedi à dimanche.

Ce sont maintenant 220 000 de personnes contraintes qui ont quitté leur domicile dans cette seule région, alors que les flammes se rapprochaient de plus en plus de la ville viticole de Bordeaux.

Les autorités de la Gironde, où se trouve Bordeaux, ont ordonné dans la nuit l’évacuation de cinq localités supplémentaires situées au sud-ouest de la ville historique. Des vents changeants et en rafales, associés à un climat aride, compliquent les efforts massifs visant à limiter la propagation de cet incendie gigantesque qui fait rage de manière incontrôlable depuis le milieu de la semaine.

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a déclaré sur le réseau social X qu’après une nuit «difficile» pour les pompiers, «la situation demeure très défavorable».

«Le feu est redevenu extrêmement virulent, imprévisible, créant son propre vent et évoluant de manière erratique vers l’agglomération bordelaise, a ajouté le ministre. Il est redevenu en fin de nuit plus calme.»

À l’issue de sa prière dominicale de l’Angélus, le pape Léon XIV a évoqué «les incendies dévastateurs» en France et en Espagne. «J’exprime ma solidarité et j’invite chacun à prier pour les personnes touchées et pour le travail des secouristes», a-t-il dit.

42 000 hectares brûlés

La superficie brûlée, composée en grande partie de forêts de pins et de maquis asséchés par les vagues de chaleur successives de cette année, n’a cessé de s’étendre pour atteindre, dimanche matin, une superficie estimée à 42 000 hectares, a indiqué la préfecture de la Gironde. Cela représente quatre fois la superficie de Paris.

Les pompiers luttent pour ralentir la progression des flammes vers Bordeaux, tant au sol que dans les airs, grâce à des avions larguant de l’eau et des retardateurs de flammes. Des soldats ont été mobilisés pour renforcer les efforts épuisants des équipes de pompiers, qui travaillent 24 heures sur 24. D’autres pays européens ont envoyé des avions-citernes, des hélicoptères et des pompiers.

Le nombre de pompiers mobilisés est passé à 2500, appuyés par 18 avions et hélicoptères, provenant notamment d’autres pays européens. Des soldats ont également été appelés en renfort. Un gigantesque avion-cargo militaire A400M a largué des panaches de retardateur de couleur ocre.

La préfecture de la Gironde a indiqué que 75 pompiers avaient été soignés pour des blessures. Des centaines de maisons ont été détruites.

Les fortes températures prévues à partir de mardi pourraient compliquer les opérations de lutte contre l’incendie, prévient la préfète de la Gironde, Sophie Brocas.

Les personnes évacuées ne seront pas autorisées à regagner leurs villes et villages tant que l’incendie ne sera pas maîtrisé, a-t-elle averti. Elle a exhorté les vacanciers à ne pas se rendre dans cette région qui abrite des plages très prisées et certaines des plus grandes forêts de France.

Le maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, a décrit l’incendie comme étant «aux portes de l’agglomération». Son extrémité la plus proche se trouve à environ 15 kilomètres de celle-ci. Le préfet de la Gironde a ordonné la fermeture partielle d’une autoroute majeure menant à la ville.

Bordeaux a transformé un immense parc des expositions en centre d’accueil d’urgence pour les personnes évacuées, fournissant des lits de camp et de la nourriture à des milliers de personnes, dont des centaines de personnes âgées évacuées de maisons de retraite.

M. Cazenave a déclaré qu’une évacuation de la ville de Bordeaux elle-même n’était pas envisagée pour le moment. La ville compte 268 000 habitants.

Un deuxième incendie, qui fait rage plus au sud dans les Landes, a également contraint 36 000 personnes à évacuer cette semaine, portant à plus de 250 000 le nombre total de personnes déplacées dans le sud-ouest. M. Nuñez a indiqué que 550 pompiers luttaient toujours dimanche contre cet incendie.

Les pompiers luttent également contre un autre incendie dans le Var, dans le sud de la France, au bord de la Méditerranée. Près de 3000 personnes y ont été évacuées.

Des dizaines de milliers d’évacués en Espagne

En Espagne, les autorités ont supervisé une nouvelle vague d’évacuations en raison d’incendies de forêt dans la région de Valence. Au total, les incendies incontrôlés qui y font rage, ainsi que d’autres à l’ouest de Madrid cette semaine, ont contraint 116 000 personnes à quitter leur domicile.

En Espagne, des feux de forêt se sont propagés de manière incontrôlable aux alentours de Madrid. Des évacuations ont également eu lieu dimanche dans la région de Valence.

Un incendie de forêt qui a ravagé un ravin broussailleux à Manises, en banlieue de Valence, a coûté la vie à un homme samedi, a indiqué la préfecture, marquant le premier décès enregistré en Espagne dans le cadre de ces derniers incendies.

Au début du mois, 13 personnes avaient trouvé la mort dans un incendie dans le sud de l’Espagne, le plus meurtrier que le pays ait connu de mémoire récente.

«Des heures difficiles nous attendent encore, mais la nuit a été très positive», a déclaré dimanche le premier ministre Pedro Sánchez.

Au total, 76 000 personnes ont été évacuées en Espagne, tandis que 30 000 autres ont été confinées chez elles, selon le gouvernement.

Les personnes évacuées s’inquiétaient de ce qu’elles allaient trouver à leur retour.

«On aurait dit l’apocalypse. On ne voyait plus rien. Tout était recouvert de cendres», a raconté Rocío Domínguez, qui a été évacuée de Chapinería, à l’ouest de Madrid.

«Nous ne savons pas, lorsque nous arriverons en ville, si la moitié de notre maison aura brûlé, si elle sera intacte ou si nous n’aurons plus de maison du tout», a-t-elle ajouté.

Mark Carlson, Emma Da Silva et John Leicester, The Associated Press