Par

Emilie Salabelle

Publié le

27 juil. 2026 à 6h26

C’est inscrit dans la loi, mais pas encore dans les mœurs. Dès la rentrée 2026, les téléphones portables seront interdits dans les lycées. Cette mesure a été votée par le Parlement mardi 21 juillet 2026 dans le cadre d’une loi prohibant les réseaux sociaux aux moins de 15 ans. Reste à savoir dans quelle mesure elle sera appliquée, et dans quels délais : le texte de loi, voté au cœur de l’été, laisse peu de temps pour les établissements actuellement en vacances de s’organiser.
L’Île-de-France est en avance sur la question : depuis 2024, la moitié des lycées expérimentent le dispositif « zéro portable en cours », met en avant la région. Mais au-delà des équipements matériels, se pose la question de la mise en œuvre concrète de l’interdiction pour le personnel scolaire.

Une mise en œuvre au cas par cas 

Faut-il l’autoriser dans les couloirs, à la cantine, dans les CDI ? Chaque lycée devra trancher, et modifier son règlement intérieur en fonction. « On a déjà changé le nôtre il y a deux ans, pour interdire les téléphones dans les couloirs, et on est revenu dessus, on s’est vite rendu compte que la règle n’était pas appliquée », commente, désabusée, Camille*, enseignante au lycée Isaac-Newton de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine).

En exercice depuis 10 ans, elle est pourtant confrontée au quotidien à l’usage intempestif du téléphone en cours, aux problèmes de concentration, de fatigue et de conflits qu’ils engendrent sur ses élèves. « Cette année, ça a vraiment posé beaucoup de problèmes, surtout avec mes terminales. Ils sortent leur portable de manière assez systématique, sans même s’en rendre compte ».

Pour l’heure, les équipes de cet établissement de 1 200 élèves n’ont reçu aucune directive. « Ça va attendre la pré-rentrée, et ça dépendra des équipements qu’on nous fournira », prévoit-elle.

« Les interdictions pures ne règlent pas le problème »

Sur ce front, la région répond présent. « Depuis septembre 2024, on finance des équipements comme des casiers, des boîtiers transparents, des boîtes mobiles posées sur le bureau de l’enseignant, des pochettes à smartphone… On a anticipé, on est la région la plus avance sur ce sujet », s’enorgueillit James Chéron. 224 des 468 lycées ont déjà passé le cap d’encadrer l’usage des smartphones, pour un investissement de 750 000 euros. « On commence à avoir du recul, et le dispositif a fait ses preuves. Les élèves disent eux-mêmes qu’ils sont plus concentrés », assure James Chéron.

Le vice président s’attend à une massification des demandes à la rentrée, mais les desideratas sont pour le moment inconnus. « On est prêts pour accompagner, mais ça risque d’être progressif », prévoit-il. Pour Camille, la nouvelle loi est avant tout politique : « C’est facile, ça fait un bel effet d’annonce. Mais les interdictions pures ne règlent pas le problème. On a peu de cadres pour en discuter », regrette-t-elle.

« Des outils sans garde-fou »

Prétendre pouvoir se passer si rapidement du téléphone, sans plus de mesure d’accompagnement, relève de l’hypocrisie, estime par ailleurs l’enseignante. « Les profs aussi ont toujours leur téléphone, moi je l’utilise beaucoup dans le cadre pédagogique. » Les outils numériques comme Pronote sont devenus incontournables dans le fonctionnement de la vie scolaire. Les élèves y sont informés en temps réel d’un changement de classe, d’une absence, des devoirs à faire et des notes. « On a laissé filer ces outils sans garde-fou, et maintenant, on dit aux écoles de régler le problème. »

« Hors-sol »

Mais si le sujet s’invite régulièrement lors de la pause déj’ entre collègues, il reste « mineur » dans l’ordre des priorités : « C’est le cadet de nos soucis, quand on voit qu’en parallèle, on nous limite les heures, qu’on se retrouve avec des classes de plus en plus surchargées. »

Pour l’enseignante, seule une interdiction stricte à l’entrée de l’établissement pourrait rendre la mesure réellement effective. « Mais ça demanderait des moyens humains très importants. Pour moi, cette nouvelle loi est hors-sol ».

* Le prénom a été modifié.

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