On a l’habitude de dire que le rugby, en France, est un sport de clochers, pour marquer l’ancrage, l’identité et la proximité.

Un truc de niche, aussi, pour passionnés qui donnent beaucoup pour faire vivre leur univers. Et l’on se plaît même à raconter les vertus d’un sport resté longtemps amateur mais toujours accessible si on le compare au football où les budgets frôlent parfois avec l’irraisonnable. C’est vrai en partie tant notre monde a changé ces dernières années, avec l’essor du rugby professionnel. Ses exigences et ses modèles imposent une réalité très loin de la vérité sociologique qui prédomine encore : au plus bas de sa pyramide, le rugby reste un sport rural, largement ancré dans les territoires, porté par le bénévolat et qui rassemble tous les milieux sociaux.

Chez les pros, en revanche, le rugby est devenu un sport de riches. Pas forcément de milliardaires mais de riches, oui. Un sport coûteux, avec des budgets importants, une concurrence sportive qui exacerbe les ambitions et impose des modèles économiques toujours plus exigeants pour ceux qui n’ont pas de mécènes sous la main. C’est ici le revers de la médaille du professionnalisme, avec ses masses salariales en forte croissance et une exigence de structuration portée par la Ligue nationale de rugby qui impose des investissements conséquents quant au niveau des structures, des stades et de la formation.

Il ne faut pas s’étonner si des clubs comme Dax, Béziers ou Biarritz, pour ne citer qu’eux en Pro D2, ont été en difficulté économique cette saison. Même chose pour Tarbes et Niort, qui ont explosé en Nationale, au point de déposer le bilan en cours d’exercice quand d’autres se sont sauvés d’extrême justesse. Tous, pour des raisons différentes mais avec toujours un même marqueur : ils ne bénéficient pas d’infrastructures (autrement dit d’un stade) à même d’accueillir assez de monde (pour remplir les buvettes et assurer des recettes « billetterie » conséquentes) et à la hauteur des enjeux en termes d’espaces « partenaires ». C’est pourtant le nerf de la guerre.

Même chose pour Nice, promu sportivement en Pro D2 mais interdit d’accession par le gendarme financier, l’A2R, qui juge son budget trop léger.

La clé ? Ici encore, une question de stade, d’hospitalités et, de fait, de gros sous indispensables pour assumer un budget et un recrutement haut de gamme. Confirmation que le rugby pro est un sport coûteux, à risques dès lors que toutes les planètes ne sont pas parfaitement alignées, que les étapes sont brûlées ou que le bassin économique local n’est pas assez puissant. Et dès que les revenus ne sont pas à la hauteur des dépenses, de nombreux clubs qui vivent au-dessus de leurs moyens sont menacés de disparition…

Si le rugby a le vent en poupe avec de nombreux indicateurs au vert, il reste néanmoins en situation de fragilité économique et n’échappe pas au contexte ambiant général. Le moindre accroc se paie cash au cœur de notre niche, chez les pros où Nice va jouer son avenir dans les quinze jours qui viennent comme chez les amateurs où les clubs sont encore plus livrés à eux-mêmes. Encore plus fragiles mais si précieux pour maintenir l’esprit des clochers.