Des images de médias italiens ont montré des individus vêtus de noir et aux visages masqués lancer des projectiles et engins incendiaires en direction des autorités samedi. 120 blessés ont été dénombrés parmi les forces de l’ordre.

Une manifestation marquée par des violences samedi en Italie a fait 120 blessés parmi les forces de l’ordre et des dégâts estimés à un million d’euros sur le chantier de la ligne ferroviaire Lyon-Turin, ont annoncé lundi les autorités et la société qui gère le chantier. Selon plusieurs médias locaux, une large part des manifestants étaient des «black blocs » originaires de France.

Des images de médias italiens ont montré des individus vêtus de noir et aux visages masqués lancer des projectiles et engins incendiaires en direction des forces de l’ordre. Ils ont réussi à arriver au plus près de l’entrée du futur tunnel, situé sous un viaduc routier dans une vallée encaissée, avant d’être repoussés par la police. Sur place lundi midi, la présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni a condamné une «violence organisée et préméditée», assurant que «l’Etat n’a pas l’intention de reculer».


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Une odeur de brûlé flottait encore sur le chantier, couvert de graffitis en italien et en français – «no Tav», «ZAD» (zone à défendre). Des structures de chantier et trois camionnettes des forces de l’ordre ont brûlé. La police a indiqué dimanche avoir contrôlé 436 personnes, dont des résidents français, belges et allemands. Les autorités ont saisi du «matériel pyrotechnique et explosif», dont des bombes artisanales. Trois Français ont été expulsés après la découverte de mortiers d’artifice et d’une meuleuse dans leur véhicule.

Plusieurs milliers de manifestants s’étaient rassemblés pacifiquement dans le Val de Suse (Piémont, nord-ouest), à quelques kilomètres de la frontière française. Le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse – «Tav» en italien – y suscite une forte opposition depuis son lancement il y a plus de 30 ans. Ce projet estimé à plus de 14 milliards d’euros, qui compte déjà 18 ans de retard, est soutenu par les autorités et les acteurs économiques, au nom du développement du fret ferroviaire, mais contesté par les militants écologistes qui dénoncent son impact sur les Alpes et son coût considérable.

Regain de tension

Après plusieurs années de mobilisation relativement apaisée malgré l’avancée des travaux, la tension est brutalement remontée d’un cran. Des groupes d’opposants ont pris pour cible plusieurs des cinq sites de construction actifs côté italien et sont parvenus à s’introduire dans le chantier principal de Chiomonte (Chaumont en français), où doit débuter en 2027 le creusement du tunnel reliant l’Italie à la France.

Les opposants ont revendiqué ce moyen d’action lors d’une conférence de presse lundi. «Cet ouvrage est inutile», a lancé un membre du mouvement No Tav, Guido Fissore. «Protester devient presque interdit, ou bien c’est constamment criminalisé. Et donc la réaction de la population (…) ne peut que dégénérer.» «Dans le Val de Suse les forces de l’ordre ne défendent pas les personnes (…), elles défendent la dévastation» de l’environnement, a ensuite lancé Franco Olivero Fugera, conseiller municipal d’une commune voisine, selon un enregistrement diffusé en ligne.

Le coût des dégâts pourrait atteindre un million d’euros et les travaux sur les zones touchées resteront interrompus pendant au moins un mois, selon un premier constat de la société publique qui coordonne le chantier, TELT (Tunnel européen Lyon-Turin). Le chantier ne devrait cependant pas prendre de retard supplémentaire, et les premiers trains devraient toujours passer fin 2033, a assuré sur place le directeur général de TELT, Maurizio Bufalini. «C’est la pire attaque que nous ayons subie sur nos chantiers depuis 2011», a lancé Maurizio Bufalini. «Je pense que ce type de lutte est absolument contre-productif, inutile et n’a plus aucun sens aujourd’hui, d’autant que le chantier est pratiquement réalisé à 30%.»