Par

Aurélien Delavaud

Publié le

27 juil. 2026 à 22h31

Adjoint et maire d’Elbeuf (Seine-Maritime), président du Département de la Seine-Maritime, député, conseiller départemental… En près de 40 ans de vie politique, le socialiste Didier Marie a presque connu tous les mandats qu’il est possible d’exercer. Sénateur depuis janvier 2014 et âgé de 66 ans, il a décidé de ne pas briguer sa réélection, en septembre prochain, lors des élections sénatoriales. La fin à venir de son engagement politique, sa succession, sa vie d’après… Didier Marie s’est longuement confié au Journal d’Elbeuf.

Vous avez annoncé récemment votre volonté de ne pas vous représenter au Sénat. Qu’est-ce qui a motivé cette décision ?

J’ai été élu pour la première fois à Elbeuf en mars 1989. Ça fait presque 38 ans de mandats, d’ailleurs il me reste deux ans de mandat de conseiller départemental. J’ai considéré qu’il était temps de préparer une succession efficace et j’ai décidé de ne pas me représenter comme tête de liste. Non pas que ce que je faisais au Sénat me désintéressait, loin s’en faut, mais je pense qu’il faut être raisonnable et explorer d’autres horizons. Il n’y a pas que le travail et la politique dans la vie.

Ce n’est donc pas encore la fin de votre vie politique ?

Non. D’abord je suis en train d’assurer ma succession et j’ai présenté les deux candidats tête de liste. Je les accompagne dans leur campagne et je serai septième sur la liste, c’est-à-dire le premier des suppléants et je n’ai aucune chance d’être élu. Si on fait deux sièges, ce serait très bien, le troisième me paraît hors de portée. Je suis là pour marquer mon soutien et les aider.

D’autre part, j’ai encore un mandat de conseiller départemental du canton d’Elbeuf jusqu’en 2028. Je vais continuer mon activité sur le territoire qui m’est cher, avec le maire de la ville et ceux du canton, mais je ne briguerai pas de nouveau mandat.

Ce duo que vous avez adoubé pour essayer de vous succéder, quelles sont ses qualités selon vous ?

Je pense que pour être un bon sénateur, il faut l’expérience du mandat local. Bastien Coriton est maire depuis longtemps de Rives-en-Seine, il a une grande expérience du terrain et il exerce des responsabilités depuis des années au Département. Florence Martin-Péréon, moi je l’ai bien connue quand elle était conseillère départementale et elle est très investie au Havre. La liste sera complétée par des gens qui renforceront la couverture de tout le territoire, notamment le troisième, dont je ne peux pas encore donner le nom car il doit être validé par les instances du Parti socialiste, qui sera de la Métropole de Rouen.

Est-ce qu’il y a eu une volonté de votre part de rejouer la carte elbeuvienne avec Djoudé Merabet ? Il a longtemps été votre disciple, avez-vous essayé de le convaincre de prendre la suite ?

Non, car Djoudé a d’autres perspectives. On a des élections présidentielles dans un an et on est certain à 99,9 % qu’il y aura une dissolution, car le président de la République aura besoin d’une Assemblée nationale avec une majorité. Mon souhait, et je crois qu’il le partage, il le décidera le moment venu, c’est qu’il puisse devenir député de cette circonscription. Viendra le moment d’une campagne électorale lors de laquelle il sera le meilleur candidat, on ne court pas deux lièvres à la fois.

Dans le sens inverse, avez-vous pensé à redevenir conseiller municipal d’Elbeuf en mars dernier sur la liste de Djoudé Merabet, si votre choix de ne pas vous représenter au Sénat était déjà fait ?

Non. J’ai aidé Djoudé Merabet et sa liste, en jouant le rôle de l’ombre de directeur de campagne. Quand on a eu des responsabilités significatives comme les miennes, revenir conseiller municipal, ça n’a pas tellement de sens. Je suis plutôt sur une logique d’arrêter successivement mes mandats plutôt que d’en prendre d’autres.

Est-ce que le rôle de parlementaire a beaucoup changé ces dernières années. Est-ce que vous vous reconnaissez encore dans la vie publique d’aujourd’hui ?

Le rôle de parlementaire a évolué, clairement. Beaucoup plus à l’Assemblée nationale qu’au Sénat, d’ailleurs. Il faut reconnaître qu’il y a une défiance de la population à l’égard du politique en général, on la ressent notamment dans les courriers et les mails que l’on reçoit. L’irruption des réseaux sociaux nous a mis à portée directe de nos concitoyens, il y a du soutien mais aussi des pressions de tout un tas de lobbies. Je prends l’exemple de la dernière campagne en date, celle sur le droit à mourir dans la dignité, ou toute la fachosphère nous a envoyé des centaines de mails. Ma ligne directrice, c’est la défense de la démocratie et de l’état de droit. Ces valeurs me motivent encore pour mener la bataille.

Parmi tous les dossiers que vous avez traités au Sénat, est-ce qu’il y en a un qui a marqué plus que les autres ?

Récemment, il y a eu la question de la lutte contre les ingérences étrangères. J’ai fini mon mandat en présentant deux rapports sur le sujet. Le but est de préserver le libre arbitre de nos concitoyens, d’assurer la liberté de la presse ou encore de protéger les lanceurs d’alerte.

À l’inverse, avez-vous un regret, un dossier que vous avez défendu et qui n’est jamais passé ou un contre lequel vous vous êtes battu et qui est passé quand même ?

Ce qui est délicat, c’est que sur les douze années et neuf mois que j’ai passé au Sénat, j’ai été 12 ans dans l’opposition. C’est toujours un peu frustrant… Il y a un texte sur lequel il y avait une forme de colère un peu sourde en moi, c’est sur le droit à mourir. J’avais déposé une proposition de loi avec une collègue il y a quelques années, vers 2016. On avait été balayé par la droite.

Avec la fin à venir de vos mandats, comment est-ce que vous envisagez la suite ? Ce sera une vraie retraite ou est-ce que d’autres engagements vous attendent ?

Dans un premier temps, je vais m’occuper un peu de moi et de ma famille. Quand on fait de la politique, on fait beaucoup de sacrifices, on ne voit pas nos enfants grandir… À un moment donné, il faut aussi redonner à sa famille ce qu’elle nous a donné. Mes enfants sont grands, mais j’ai des petits-enfants et mon épouse.

Je vais faire tout ce que je n’ai pas le temps de faire. Mon rêve, c’est de prendre un livre un matin et de le finir à deux heures du matin si j’en ai envie, en me disant que le lendemain je peux me lever plus tard. J’ai beaucoup voyagé professionnellement, mais cette fois je compte profiter et vraiment visiter les pays.

Après, j’envisage de faire du conseil auprès de ceux qui le voudront, des élus, des associations… Pas de conseil rémunéré ! Et pourquoi pas écrire, sur mon expérience ou sur des questions politiques comme les questions européennes où j’ai une certaine expertise. Je me laisse encore un peu de temps pour voir ça.

Dans cette retraite, vous n’avez pas peur que la différence de rythme soit très forte ?

Non, je pense que ce qui est très dur, c’est d’aller aux élections et de se faire battre. Moi, j’ai la chance de n’avoir jamais perdu une élection. C’est une décision mûrement réfléchie et assumée. Je n’ai pas peur de la fracture, parce que je l’anticipe, ce n’est pas soumis. Après, je sais qu’il faut prendre quelques précautions parce que le téléphone va moins sonner et les mails vont moins tomber. Il faut s’investir différemment.

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