Près de 40 jours de frappes intensives contre l’Iran, lors de l’opération Epic Fury en février dernier, ont vidé une partie des stocks de missiles américains. Donald Trump assure que les États-Unis disposent de réserves suffisantes, mais plusieurs experts en doutent. Ils estiment que le réapprovisionnement prendra des années, ce qui pourrait peser sur les engagements de Washington, que ce soit en Europe ou dans l’Indo-Pacifique.
Selon les chiffres avancés par la Maison-Blanche, plus de 13 000 cibles ont été frappées sur cette période en Iran. Plus de 1 700 drones et missiles iraniens ont également été interceptés. L’opération aurait déjà coûté au gouvernement américain 37,5 milliards de dollars (33 milliards d’euros), principalement dépensés en munitions.
Donald Trump minimise pourtant les inquiétudes dans les colonnes du Wall Street Journal, dimanche 26 juillet. « Nous possédons bien plus de munitions que n’importe quel autre pays au monde, et bien plus que ce dont nous avons besoin », affirme-t-il. Sauf que dans le même temps, le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, réclame 87 milliards de dollars supplémentaires pour combler des « pénuries critiques ».
Des Tomahawk et des Patriot difficiles à remplacer
Les données du Center for Strategic and International Studies (CSIS) sur les stocks actuels dressent un tableau plus préoccupant. Plus d’un millier de missiles de croisière Tomahawk (TLAM) auraient, par exemple, été tirés, portant un fort coup aux réserves américaines. Rien que pour ce type d’arme, les stocks pourraient ne pas retrouver leur niveau d’avant-guerre avant 2031.
Les missiles Patriot, autre fleuron de la défense aérienne, ont eux aussi été copieusement consommés. « Tout dépend du type de munition, mais il faut compter entre 1 et 5 ans pour fabriquer un seul missile », explique Mark Cancian, colonel retraité du corps des Marines et conseiller principal au CSIS. « Et rien ne permet d’accélérer ce processus », précise-t-il.
Un point faible en cas de conflit dans le Pacifique
Alors que l’éventualité d’une crise autour de Taïwan préoccupe encore et toujours Washington, les baisses de ses stocks inquiètent tout l’appareil militaire. Mark Cancian met en lumière une véritable « fenêtre de vulnérabilité » qui affaiblit l’administration Trump. En cas d’affrontement avec la Chine, les États-Unis risquent de ne plus disposer « de la profondeur de stocks des munitions dont ils auraient besoin », alerte le spécialiste.
Pékin, qui développe au pas de course ses missiles hypersoniques et ses essaims de drones, observerait d’ailleurs avec attention les performances américaines lors du conflit contre l’Iran, selon plusieurs analystes. La pression que l’arsenal du pays de l’Oncle Sam subit se reporte aussi sur ses alliés. L’Ukraine réclame encore et toujours davantage de systèmes Patriot pour se protéger des frappes russes.
Volodymyr Zelensky déplore publiquement que la guerre au Moyen-Orient « entraîne l’épuisement des réserves américaines » et, par extension, celui « des fabricants de systèmes de défense aérienne ». Pour répondre à cette difficulté, Donald Trump envisage désormais d’autoriser Kiev à produire localement certains missiles Patriot, indique la BBC, comme c’est déjà le cas en Allemagne ou au Japon.
Désormais, Washington doit étudier minutieusement l’emploi de chaque missile, qu’il soit utilisé en Iran, envoyé en Ukraine ou conservé précieusement pour une potentielle escalade dans le Pacifique.