Mois après mois, depuis l’attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, le conflit israélo-palestinien s’invite dans la politique marseillaise. Dernier épisode, le 22 juillet, après l’annonce de l’annulation du concert d’Amir Haddad et la manifestation pro-palestinienne sur la plage du Prado, la droite locale a interpellé le maire (DVG) Benoît Payan pour qu’il « indique les suites qu’il entend donner aux événements préoccupants survenus ».
« Prétendu spectacle » sur la plage transformant « un espace public en espace de confrontation politique », « rassemblement devant le monument des Sept portes de Jérusalem », « action de boycott visant Optical center à Marseille » accusé par les associations pro-palestiniennes de livrer des lunettes aux soldats israéliens, « annulation du concert d’Amir »…
Les conseillers municipaux d’opposition Romain Simmarano (Renaissance) et Fabienne Bendayan (DVD), ex-présidente du Crif, listent les événements survenus ces derniers jours à Marseille et assènent : « Pris isolément, certains diront qu’il ne s’agit que de militantisme. Mais mis bout à bout, ces événements dessinent une réalité bien plus inquiétante : celle d’un climat où le conflit israélo-palestinien s’importe dans nos rues, nos commerces, nos plages, nos lieux de vie avec pour conséquence une tension grandissante pour les juifs français. » Auparavant, sur X, la présidente (DVD) du département Martine Vassal avait dénoncé : « Dégoût et honte. Voir une telle scène de haine se dérouler sur les plages de Marseille est insupportable. L’antisémitisme n’a pas sa place dans notre ville. »
L’extrême droite locale, qui se targue d’avoir participé en septembre au dîner du Crif pour mieux faire oublier la genèse du FN, n’a pas tardé à renchérir, n’hésitant pas faire l’amalgame entre militants pro-palestiniens, antisémites et délinquants. « Alors que la plage du Prado est prise en otage par des militants pro-palestiniens qui déversent leur haine antisémite, que familles et enfants sont confrontés à des exhibitionnistes en tout genre, et que les femmes ne sont plus en sécurité car elles sont les premières victimes du harcèlement sur les plages marseillaises, l’espace public est confisqué aux honnêtes gens. Les antisémites, comme les délinquants, c’est hors de nos plages », écrit sur X Olivier Rioult, le maire (RN) des 11e-12e.
Franck Allisio attaque Benoît Payan
Présent à Rognac, ville dirigée par le maire RN Christophe Gonzales, où se produisait le 25 juillet le chanteur Amir, Franck Allisio attaque son ex-rival aux municipales Benoît Payan. « Alors que la gauche marseillaise a cédé à l’extrême gauche antisémite en annulant le concert d’Amir, à Rognac, nous sommes fiers de l’avoir maintenu. Avec Marine Le Pen, nous serons toujours aux côtés de nos compatriotes juifs menacés », défend-il, quitte à tordre la réalité puisque le concert n’a pas été annulé par la mairie mais par le centre commercial Les Terrasses du Port.
Actes militants pro-palestiniens ou manifestations d’antisémitisme ? Acculé par ses adversaires politiques, Benoît Payan a réagi le 24 juillet, en pesant ses mots. « Des actes antisémites particulièrement inquiétants se multiplient dans notre ville ces derniers jours, écrit-il sur X. Je condamne avec la plus grande fermeté toute forme d’antisémitisme. Aucun contexte ne peut l’excuser, aucune cause ne saurait le justifier. Marseille est une ville de fraternité. Nous ne laisserons jamais la peur ou la haine fracturer ce que nous avons construit ensemble. » Un exercice d’équilibriste chaque jour un peu plus difficile. Fin juin, Fabienne Bendayan a porté plainte contre X après un échange avec un élu de la majorité alors qu’elle dénonçait en séance l’emploi du terme « génocide » par une association subventionnée par la Ville.