l’essentiel
Le festival Ecaussystème à Gignac, dans le Lot, a été annulé par un arrêté préfectoral en raison de la sécheresse et du risque élevé d’incendies. Prévu ce week-end, l’événement devait accueillir des milliers de personnes. L’heure est désormais au démontage du site et, pour les organisateurs, soutenus par 750 bénévoles, à s’atteler aux démarches d’assurance et de remboursement.
Sous un soleil écrasant, alors que le thermomètre frôle des températures extrêmes ce mercredi 29 juillet, les bénévoles démontent ce qu’ils avaient patiemment construit depuis plusieurs jours. Les barrières tombent, les barnums disparaissent, les câbles s’enroulent dans une atmosphère où la fatigue se mêle à la déception. « On est déçus forcément, pose Manu, bénévole au festival Ecaussystème à Gignac (Lot) depuis 17 ans. On sait que s’il n’y avait pas eu ce qu’il se passe en Gironde, il n’y aurait pas eu d’annulations. Mais on comprend. »
L’annonce est tombée hier : le festival Ecaussystème à Gignac (Lot) a été annulé par un arrêté préfectoral. En cause, entre autres : « le déficit pluviométrique, l’état de sécheresse de la végétation » et des températures prévues nettement au-dessus des valeurs moyennes saisonnières. Et surtout, un risque aggravé de feux de végétation et de forêts avec la présence de milliers de personnes qui s’inscrit dans un contexte particulièrement compliqué : le département est classé en risque sévère de feux de végétation. Des dangers que l’équipe du festival avait pleinement mesurés.
« Notre plus grosse crainte, c’était les parkings, les zones de camping… »
Ce mercredi 29 juillet, à l’heure du déjeuner, les mines déconfites ont désormais laissé place à de joyeux sourires. Ici, personne ne cherche de coupable. « Cela faisait déjà quelques jours que nous échangions avec les services de l’État, parce que nous savions que le risque existait et que les températures allaient remonter », avoue Benoît Chastanet, directeur du festival. Jour après jour, l’équipe montait les équipements tout en se questionnant sur les risques auxquels ils pouvaient se voir confrontés. « On avait mis en place tout un tas de mesures préventives sur la canicule, et il y avait également des mesures prises sur le risque incendie. Mais ce sont des mesures qui sont celles d’un village de 680 habitants, avec les moyens du bord », reprend-il. En d’autres termes : des tonnes agricoles, des véhicules légers avec des citernes ainsi que des veilles assurées par des pompiers en civil, 24 h sur 24.

Les scènes commencent peu à peu à être démontées.
DDM – Juliette Rigaud
Mais comment assurer la sécurité de près de 30 hectares de site ? « Pour le site concert, il n’y avait pas de sujet : on sait faire, les gens sont là, on a une présence permanente. Notre plus grosse crainte, c’était les parkings, les zones de camping et les zones de parking de véhicules aménagés », indique Benoît Chastanet. Après de nombreux échanges, c’est donc la prudence qui a prévalu. Une décision de la préfecture que le directeur, comme les deux présidents de l’association, Ludovic Farge et Brigitte Bouyssonie, entendent pleinement.

Les deux présidents du festival.
Photo autorisée pour La Dépêche du Midi – DIDIER RIVET
« Le sinistre est ouvert et c’est en cours »
Désormais, pour eux, l’heure est à un autre travail : informer toutes les personnes investies dans le festival. « Il va falloir aller vers nos prestataires pour leur assurer qu’on ne les laissera pas tomber et qu’on fait tout ce qu’il faut pour que les dossiers d’assurance aboutissent rapidement », indique Benoît Chastanet. Désormais, c’est tout un travail administratif qui va être opéré. En commençant par les 50 intermittents du spectacle qui travaillent sur l’événement. « Il va falloir changer leur planning parce qu’ils sont déjà en train de démonter », signale-t-il. Puis, définir les procédures pour rembourser les festivaliers. « En bref, il y a tout le travail autour de l’assurance, qu’il va falloir envisager. Le sinistre est ouvert et c’est en cours », résume le directeur.

Les barrières s’entassent sur le site pour ensuite, être transportées.
DDM – Juliette Rigaud
Puisque l’annulation du festival Ecaussystème a été actée par un arrêté préfectoral, du côté des assurances, il s’agit d’un cas de force majeure. « Cela nous libère d’un certain nombre d’obligations contractuelles vis-à-vis des artistes, par exemple », livre avec transparence Benoît Chastanet qui salue le soutien apporté par les artistes qui devaient se produire ce week-end. Le directeur de ce festival associatif ajoute : « Nous sommes assurés à trois-quarts du budget. Maintenant, il va falloir voir avec chaque prestataire quels sont les frais qui sont, pour eux, irrécouvrables, et qu’il faudra prendre en compte, ainsi que ce que nous pouvons négocier pour qu’ils ne nous facturent pas. »
« Il faudra évidemment réfléchir à des moyens et à des mesures… »
Au-delà des indemnisations et du sinistre, l’équipe de l’organisation le sait : l’heure va désormais être également aux réunions. « Si l’on veut qu’il y ait des festivals qui continuent à se tenir, en tout cas en milieu rural et en pleine nature, il faudra évidemment réfléchir à des moyens et à des mesures qui puissent nous permettre de le faire dans des conditions de sécurité satisfaisantes », note Benoît Chastanet. En tant que structure associative, il l’admet : cela risque d’être compliqué. « Il faudra que les services de l’État nous accompagnent et que des moyens soient mis à disposition, parce que nous ne pourrons pas tout assumer seuls. »
Grâce aux 750 bénévoles investis pour faire vivre ce festival, aux partenaires ainsi qu’aux prestataires, Benoît Chastanet n’a aucun doute : ils trouveront des solutions d’ici à la 25e édition, qui se tiendra l’année prochaine.