Ils n’ont pas vraiment la même peau que les humains, et pourtant ils ont bien droit à leur dose de crème solaire pendant les fortes chaleurs et les épisodes de canicule qui frappent l’Alsace à répétition cet été. Vous en avez forcément aperçu, peut-être sans même les notifier : dans la région, plusieurs villes comme Strasbourg et Mulhouse appliquent sur les troncs de leurs arbres les plus vulnérables de curieux enduits blancs.
L’objectif ? C’est le même que pour nous autres, aux épidermes sensibles : se protéger des UV. Saviez-vous que les arbres aussi pouvaient attraper des coups de soleil ? Certaines essences particulièrement fragiles, notamment les jeunes arbres en tige et les vieux troncs, voient en effet leur tronc éclater lorsqu’ils sont exposés à des chocs thermiques.
On appelle ce phénomène « échaudure » ou « nécrose solaire » : « l’écorce brûle et des plaies longitudinales peuvent se former, explique Nicolas Gazut, directeur du service Nature et espaces verts à Mulhouse. C’est pareil quand un humain attrape un coup de soleil : sa peau pêle, voire croûte ! »
Comment l’expliquer ?
Le phénomène est surtout vrai en zone urbaine, contrairement aux forêts et espaces naturels où les arbres, depuis des milliers d’années, survivent sans être inquiétés par les UV. « En ville, il y’a une exposition plus importante au rayonnement du Soleil », détaille Nicolas Gazut. « La lumière rebondit sur les parois minérales, – vitres, bâtiments et sols, ce qui expose davantage les arbres. » Comme lorsque, humains, notre peau brûle à cause de la neige ou de l’eau, éléments clairs qui réfléchissent les rayons.
Le coup de soleil est également provoqué par les activités humaines. Destinés à être plantés en ville, les tiges sont élevées en pépinière, où elles sont exposées à une orientation précise. « Or, lorsqu’on déplace l’arbre, on ne le replante pas forcément dans l’orientation à laquelle il a été habitué », ajoute le directeur. Autrement dit, un jeune arbre préparé à une exposition sud ne vivra pas bien une brutale exposition ouest. D’où le choc thermique.
Une crème biodégradable
S’agit-il de peinture blanche ? Pas vraiment. La solution utilisée est un enduit blanc appelé « arboriflex ». Selon la fiche technique du principal revendeur, dont l’entreprise est située à Illkirch-Graffenstaden, près de Strasbourg, l’enduit se compose d’ingrédients naturels, principalement d’eau et de minéraux.
« Le produit est sans classement toxicologique pour l’environnement et l’utilisateur », est-il écrit sur l’étiquette. Il est également « non phytosanitaire » et s’inscrit donc dans une démarche biodegradable, contrairement à d’autres produits similiaires, comme le lait de chaux, toxique. Ou d’autres badigeons qui contiennent des additifs et insecticides.
Le voile blanc appliqué en deux couches agit ainsi de manière mécanique, en réfléchissant les UV, et non pas chimique. Ce sont ces raisons qui ont poussé le service Espaces verts de la Ville de Strasbourg à y avoir recours. « Il est plus intéressant sur le plan environnemental » que les autres solutions comme les canisses en bambou, nous indique-t-on. En ligne, un pot de 5 kilos coûte environ 174 euros.
Une solution pérenne
« Le nettoyage se fait simplement à l’eau, ce qui est cohérent avec une formulation sans solvant », ajoute le département arbres de Strasbourg. En 7 à 8 ans, la couche blanche se dissout progressivement, laissant à l’arbre le temps de s’adapter au rayonnement, sans coupure brutale.
La technique est surtout utilisée dans les pays du Sud et du bassin méditérranéen, en Espagne et au Maroc, mais aussi, plus récemment, en Allemagne et en Suisse. À Mulhouse, plus d’une centaine d’arbres ont été protégés de la sorte depuis la mise en place de la technique en 2024.
À Strasbourg, on observe ces troncs partout en ville depuis 2018, notamment sur la place des Halles nouvellement réaménagée, sur le quai Koch au bord de l’Ill, ou encore au parc de l’Orangerie où de vieux hêtres ont eu leur tronc fragilisé après la coupe brutale d’arbres à proximité.
Pour Nicolas Gazut, à Mulhouse, la solution est sans appel : « Nous y retirons un grand intérêt et le préconisons sur tous les nouveaux aménagements. » Dans le contexte de dérèglement climatique et de hausse des chaleurs extrêmes auquels sont confrontées les villes, ce type d’adaptation s’avère, en effet, plus que jamais nécessaire pour protéger les végétaux.