L‘été 2026 restera dans les annales comme une saison noire pour les incendies de forêts en France (en Gironde, dans le Var…), comme en Ile-de-France, où le feu a ravagé plus de 2 000 hectares du massif forestier de Fontainebleau. Et le réchauffement climatique fait craindre une récurrence des épisodes de sécheresse et de canicule propices à ce type de catastrophe. Face à ces constats et à ces menaces, la Région Ile-de-France ne compte pas rester les bras croisés. Sa présidente (LR) Valérie Pécresse a ainsi annoncé une première série de mesures pour la protection des forêts franciliennes qui couvrent près d’un quart du territoire régional. Des mesures qui seront exposées et complétées par d’autres à l’occasion d’une conférence régionale sur la prévention des incendies en massif forestier programmée le 8 octobre prochain.

Un audit des forêts franciliennes

« La vulnérabilité première de nos massifs, ce sont les routes et les chantiers qui les longent », pointe Valérie Pécresse. Alors que neuf départs de feu sur dix sont d’origine humaine et que sept incendies sur dix naissent aux interfaces entre le bâti et la nature, des mesures permettent de limiter les risques ou les dégâts. « Les agriculteurs moissonnent désormais avec une déchaumeuse en bout de champ ; les chantiers en lisière de forêt doivent acquérir les mêmes réflexes », illustre la présidente de la Région qui entend s’attaquer aux autres sources de vulnérabilité qui « devront elles aussi être réduites, une à une ».

Si la conférence d’octobre permettra d’établir un référentiel francilien de « bonnes pratiques » de prévention en lisière et dans les massifs forestiers, « décliné avant la fin de l’année », la présidente de l’Ile-de-France annonce d’ores et déjà le lancement d’un audit des forêts franciliennes. « Dans le prolongement de l’atlas du risque feu de forêt établi avec la DRIAAF, le Centre national de la propriété forestière et l’Institut Paris Region, il recensera les vulnérabilités des massifs franciliens face au feu, notamment : accès des secours, points d’eau, mise en œuvre des obligations légales de débroussaillement », précise la collectivité.

Des caméras à intelligence artificielle

Sur la question des moyens, qui est beaucoup revenue dans les débats, la Région promet de renforcer son soutien aux sapeurs-pompiers. Dans le cadre de son « bouclier de sécurité », qui a déjà permis de verser 8 millions d’euros d’aides d’équipement aux pompiers de Paris et aux quatre services départementaux d’incendie et de secours (SDIS), « au-delà de ses compétences obligatoires », « la Région continuera d’instruire d’ici la fin de l’année les demandes d’équipements complémentaires des services d’incendie et de secours pour faire face aux risques climatiques ». Elle va aussi soutenir l’expérimentation de caméras à intelligence artificielle pour la détection précoce des départs de feu conduite par les sapeurs-pompiers de Seine-et-Marne, pour l’étendre « à l’ensemble des massifs franciliens », en lien avec les SDIS des Yvelines, de l’Essonne et du Val-d’Oise et la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris.

Nouvelles règles dans les marchés publics

Pour réduire les risques d’incendie, le Conseil régional va également établir de nouvelles règles, en introduisant, dès cette année, dans ses marchés publics (relatifs aux lycées, aux îles de loisirs, aux bâtiments régionaux…) des clauses de prévention incendie pour tout chantier proche d’un massif. Ce qui se traduira concrètement pour les entreprises par l’obligation de disposer de réserves d’eau sur site, d’extincteurs à bord des engins, ou encore par une suspension des travaux par point chaud (découpe, soudure) les jours de risque élevé. Et les soutiens de la Région aux événements organisés en forêt seront dorénavant conditionnés au respect d’une charte de prévention.

Dans le même temps, la Région demande au gouvernement « de clarifier et de renforcer, sur l’ensemble du territoire, les restrictions applicables en période de risque élevé aux travaux et chantiers conduits dans les massifs et à leurs abords, et de rendre obligatoire l’extincteur à bord des véhicules utilitaires et des engins intervenant à proximité des forêts ». Sa présidente souhaite en outre que l’État ouvre le chantier de la régionalisation de la gestion des forêts publiques. Valérie Pécresse proposera aux élus régionaux d’adopter une motion dans ce sens.

Un fonds régional de régénération

La Région va donc agir pour améliorer la prévention des risques mais aussi pour soutenir la réparation des dégâts causés par les incendies, via un fonds régional de régénération. Le Conseil régional versera un euro pour chaque euro collecté dans le cadre de la souscription ouverte par la Fondation du patrimoine pour la restauration de la forêt de Fontainebleau, auprès des particuliers et des entreprises, dans la limite d’un million d’euros.

« Ces crédits financeront des opérations d’investissement dans les massifs », explique la collectivité qui étudie notamment l’option de la régénération naturelle surveillée. Car « les professionnels de la forêt la classent parmi les solutions les plus efficaces, et elle demeure la moins coûteuse », motive la Région qui n’exclut pas d’éventuelles plantations complémentaires susceptibles de « privilégier la diversité des essences et les espèces indigènes peu inflammables, la biodiversité constituant elle-même un rempart contre le feu ».

En tout état de cause, « l’Ile-de-France doit se doter d’une véritable culture du risque incendie », défend Valérie Pécresse. « La Région prend sa part dès aujourd’hui et réunira tous les acteurs à l’automne pour la construire ensemble. »