Par

Cédric Nithard

Publié le

31 juil. 2026 à 6h12

Le samedi 1er août, à partir de 18h, l’association Luttopia invite le public à participer à la
première édition de La Nuit de l’Utopie, organisée au 88 bis avenue de Toulouse à Montpellier. Un local que l’association doit quitter d’ici décembre après avoir déjà cessé son accueil de jour auprès des personnes sans-abri depuis juin. Mais pas question d’abandonner pour sa cofondatrice et directrice Gwen Lasne alors que les besoins n’ont jamais été aussi importants. Bien au contraire !

Double problématique

Dans la continuité de la série de soirées « Artistes en résidence » lancée en 2024, l’association Luttopia propose le samedi 1er août La Nuit de l’Utopie. S’il est toujours question de soutenir les actions conduites auprès des plus démunis, l’événement, qui associe art et solidarité, revête cette année une valeur toute particulière. Ouvert en 2021, après avoir porté Luttopia003 aux Archives départementales ayant mis à l’abri près de 10 000 personnes durant trois ans, l’accueil de jour situé dans une maison de l’avenue de Toulouse a dû cesser fin juin faute de moyens suffisants. Ce qui a entraîné de plus un remaniement au sein des équipes passant de trois temps plein et demi à deux.

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L’association doit également faire à la fin programmée de la mise à disposition du lieu par la Ville. D’abord prévue en septembre, le déménagement est finalement reporté à décembre, le temps de trouver une solution. C’est dans ce sens qu’un dialogue est mené depuis fin mai avec la municipalité, par l’intermédiaire de Muriel Ressiguier, déléguée aux Solidarités et à la Cohésion sociale, afin de trouver le lieu idéal à Montpellier pour permettre la poursuite des actions de l’association.

« Un travail commun s’est mis en place pour trouver un nouveau lieu qui nous serait mis à disposition de manière définitivement pérenne et sortir ainsi des conventions d’occupation temporaire. Elles sont très bien, en ayant fait le travail pendant un temps, et elles continuent à se déployer avec l’habitat intercalaire mais cela ne correspond pas à notre projet associatif » confirme Gwen Lasne désireuse, après douze ans d’actions sur le territoire en passant d’un lieu à un autre, de construire sur du long terme. « La grande précarité n’a malheureusement pas été éradiquée et, avec le sans-abrisme, nous ne sommes pas prêts d’arrêter nos activités. Il nous faut donc absolument pérenniser un lieu de manière à normaliser notre principe d’action et pérenniser l’ensemble de la structure associative » appuie la directrice et cofondatrice de Luttopia en insistant : « Les lieux de solidarité ne sont pas du luxe ».

Vidéos : en ce moment sur ActuDes solutions insuffisantes

Loin d’être du luxe en effet. Avec la fermeture de Luttopia004, il ne reste plus que trois lieux d’accueil de jour à Montpellier. Si d’autres dispositifs existent notamment en période de canicule, « il n’y a pas rien mais c’est complètement insuffisant » souffle Gwen Lasne en rappelant que Montpellier compte plus de 2 000 personnes en errance, dont 250 enfants, hors squat et bidonville passant ainsi sous les radars. Le 115 recevant plus de 400 appels par jour pour 98% de refus, le constat est depuis des années toujours le même de la saturation de tous les dispositifs d’hébergement d’urgence et un nombre conséquent de personnes dormant dans la rue.

« S’il n’y a pas de créations de places d’hébergement d’urgence ou d’augmentation du parc social, il faut au minimum des accueils de jour qui sont encore plus utiles en période de canicule ou de grand froid même si on doit faire les choses dans l’urgence avec des morts dans la rue que l’on ne sait plus compter. On était à Montpellier à une moyenne de trois par mois, on est passé à un par semaine… quand on a l’info. Malgré les quelques places que l’on peut créer avec l’intercalaire, c’est encore insuffisant. D’autant qu’elles ne sont pas comptées comme des places d’hébergement d’urgence. Les solutions sont donc complètement insuffisantes même si, dans l’absolu, cela reste mieux que pire » plaide Gwen Lasne en rappelant qu’il s’agit de « une situation structurelle dramatique qui n’est pas spécifique à Montpellier ».

Vers Luttopia005

L’association, en lien avec la municipalité, cherche donc un site sur lequel aucun projet n’est en développement. Une solution qui pourrait aussi passer par le privé en imaginant un propriétaire revendre un bien à un prix symbolique ou le mettre à disposition par le biais d’un bail emphytéotique. « Si demain un lieu nous est définitivement confié, on pourra refaire vivre l’ensemble de nos outils de solidarité et surtout démontrer que cela peut marcher et que cela peut avoir un impact sociétal. Et nous n’avons pas la prétention d’inventer le fil à couper le beurre, c’est le minimum que de s’occuper des plus démunis » argumente Gwen Lasne qui a prouvé, notamment avec les Archives départementales, l’efficacité de l’association.

Il y a plusieurs mois, une cagnotte a été mise en ligne avec l’objectif de se rapprocher le plus possible de l’objectif des 100 000€ d’ici le 30 décembre tandis que l’association recherche également des mécènes. En rappelant que les dons sont défiscalisés, quatre ou cinq bienfaiteurs importants lui permettraient de fonctionner idéalement avec un budget annuel de 160 000€ en sachant qu’elle a jusqu’à présent fonctionné avec deux fois moins. « Et on coûte presque dix fois moins chère qu’une structure institutionnelle. Là aussi, on est capable de démontrer que le travail n’est pas qu’une question d’argent » souligne sa présidente qui a bien conscience que, au-delà de la solidarité et du bénévolat qui ont leurs limites, l’argent reste malgré tout le nerf de la guerre contre la précarité.

D’autant que l’association ne veut plus se limiter à un accueil de jour et souhaite avec Luttopia005 revenir aussi à sa mission première en développant une offre d’hébergement d’urgence et pouvoir ainsi porter toute la mesure de ses ambitions. « Ce ne serait pas du luxe que d’avoir des zones de repli en plus pour les populations les plus vulnérables. Si à chaque fois il faut attendre une vague de grand froid ou de grand chaud pour se dire que la rue elle tue… la rue elle tue toute l’année » pointe-t-elle. Bien ancrée dans la réalité, Gwen Lasne croit plus que jamais en l’utopie qu’elle porte. Plus qu’une croyance, une nécessité à accompagner.

Nuit de l’Utopie et tombola solidaire

Ouverte à toutes et tous, la Nuit de l’Utopie, le samedi 1er août, a pour ambition de rassembler autour de la musique, de l’art et de la convivialité, tout en sensibilisant le public à la précarité et en soutenant les actions menées par l’association Luttopia. Au programme : des DJ sets tout au long de la soirée, un concert du rappeur Bonobo, accompagné de plusieurs partenaires, ainsi que la présence de plusieurs artistes locaux. Le public pourra notamment retrouver Chloé Guillermin, pour une session bodypainting et la présentation de sérigraphies, Kuro, qui exposera ses prints et stickers, et Aujuste le Juste, qui réalisera une peinture en direct tout au long de la soirée. Un espace de restauration et une buvette proposeront des produits frais, locaux et accessibles, afin de faire de cette soirée un moment de rencontre, de partage et de solidarité.

À cette occasion, Luttopia organise également une tombola solidaire, dont les bénéfices seront intégralement consacrés au financement de ses actions de terrain. Les billets sont disponibles à partir de 2 € et permettent de tenter de remporter de nombreux lots, parmi lesquels la peinture réalisée en direct par Aujuste le Juste, des bons cadeaux tatouage, des sacoches upcyclées ainsi que de nombreuses autres surprises offertes par les partenaires de l’événement.

Samedi 1er août à partir de 18h. La Nuit de l’Utopie. Luttopia, 88 bis avenue de Toulouse, Montpellier. Entrée à prix libre avec un prix conseillé a 5€. Billetterie de la tombola sur https://bit.ly/tomboluttopia. Participez également à la cagnotte pour soutenir Luttopia sur helloasso.com.

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