Posted On 31 juillet 2026

10 jours après l’interruption violente du concert de Barbara Butch au Cabaret frappé, Éric Piolle a choisi de reprendre la plume. Mais pas pour s’adresser aux Grenoblois, ni à celle qu’il a portée à sa succession : c’est à Jean-Luc Mélenchon que l’ancien maire écrit, dans le quotidien Libération, pour demander que le leader insoumis reconnaisse « une erreur ». Un choix qui en dit aussi long sur la capacité de Laurence Ruffin à gérer sa propre crise.

PIOLLE S’OFFRE UNE SORTIE MÉDIATIQUE DANS LE DOS DE RUFFIN

Depuis l’élection de Laurence Ruffin en mars, Éric Piolle avait disparu des radars. Il réapparait sur le sujet du Cabaret Frappé non pas pour interroger les responsabilités locales dans ce fiasco, mais en se tournant vers Paris. Après douze ans passés à Grenoble et après l’avoir mise en selle pour poursuivre sa politique, il juge visiblement que sa remplaçante ne mérite même plus d’être considérée lorsqu’il se livre à ses admonestations.

« Cher Jean-Luc »… Piolle écrit à Mélenchon
UNE LETTRE QUI PARLE DE TOUT SAUF DE GRENOBLE

La tribune est du Piolle pur jus. Elle s’étend sur lui, sa vie, son oeuvre, son histoire commune avec Mélenchon, ses leçons sur l’avenir de la gauche à l’approche de 2027… Elle ne comporte, en revanche, aucune exigence envers la municipalité, aucun rappel des obligations de Maire et de la manière dont cette crise aurait dû être gérée. Piolle réclame qu’une responsabilité soit reconnue, mais s’abstient bien sûr d’appliquer ce principe à celle qu’il a lui-même choisie pour lui succéder.

UNE HUMILIATION POUR RUFFIN

Et en choisissant d’ignorer sa propre candidate pour s’adresser directement au chef de file national de LFI, l’ancien maire renvoie l’image qu’elle n’est pas de taille à peser sur les événements. Que quand un événement grenoblois secoue l’actualité, c’est à l’ancien Maire de sortir dans le débat public, parce que la nouvelle n’est pas à la hauteur. Qu’il l’ait voulu ou non, c’est une humiliation froide et violente pour elle et pour son équipe.

UNE OPÉRATION CALIBRÉE POUR SON AMBITION PERSONNELLE

Mais cette histoire du Cabaret Frappé n’est qu’un prétexte. En réalité Eric Piolle cherche uniquement à ne pas se faire oublier. Il s’agite désespérément pour exister sur la scène médiatique, et le fait en tendant une main à Mélenchon. Ce n’est pas anodin : isolé et seul dans son propre parti (la patronne des écologistes, Marine Tondelier, lui voue un mépris féroce), la seule chance de retrouver un mandat pour Piolle (c’est sa seule obsession) est de compter un jour sur le soutien de LFI.

CLÉMENT CHAPPET DÉMONTE LA MISE EN SCÈNE

Dans une tribune publiée le lendemain sur Place Gre’net, Clément Chappet n’a pas tardé à décrypter la manœuvre. Le président de Réconcilier Grenoble dénonce une lettre qui, sous couvert de gravité, ne parle en réalité que de son auteur et de ses propres visées politiques, pendant qu’elle évite soigneusement d’aborder le seul sujet qui compte réellement pour les habitants : le bilan concret laissé par douze années de gestion Piolle, aujourd’hui prolongées par Laurence Ruffin dans la même continuité idéologique.

« VOUS FAITES SEMBLANT » : PIOLLE ET RUFFIN RENVOYÉS DOS À DOS

Le passage le plus incisif de la tribune de Chappet vise directement la sincérité de la condamnation affichée par Piolle. « Comme Laurence Ruffin, vous faites semblant », écrit-il, rappelant que l’un et l’autre dépendent électoralement de La France insoumise pour exister politiquement. Une phrase qui, en visant l’ancien maire, atteint tout autant la maire actuelle : les deux sont renvoyés dos à dos, incapables de rompre sincèrement avec un allié dont ils tirent, l’une son mandat présent, l’autre le mandat futur qu’il espère.

NI « ERREUR », NI « OPPORTUNITÉ » : LA FAUTE RAMENÉE À UN CALCUL

Mais c’est sur un autre point que la charge frappe le plus juste. Piolle qualifie les faits du 18 juillet de simple « erreur », et ose même y voir une « opportunité » pour Mélenchon pour lisser son image en condamnant les faits. Toujours ces petites considérations électoralistes qui sont la seule chose qui anime Piolle, dans le fond. 

Clément Chappet lui répond sèchement : « vouloir empêcher physiquement la tenue d’un concert, mobiliser des militants pour l’exécuter, saboter des installations électriques et bombarder une scène de projectiles pendant qu’une femme fuit sous les huées, ce n’est pas « une erreur ». C’est une faute gravissime, qui interroge le pluralisme et la liberté culturelle et marque une rupture avec le fondement de notre démocratie. Et ça ne devrait représenter qu’une seule « opportunité » : celle de rompre avec LFI, dont le fonctionnement tout entier est fondé sur la violence et l’intimidation, au service d’un projet qui alimente les haines ».

UN MÉPRIS ASSUMÉ POUR LES VALEURS DÉMOCRATIQUES ET LES GRENOBLOIS

Ramener une atteinte aussi grave à la liberté de création à un simple mot mal choisi en dit long sur l’échelle de valeurs de l’ancien maire. Piolle ne s’attarde ni sur la victime, ni sur la scène qu’elle a dû fuir sous les huées. Ce qui l’occupe, c’est l’opportunité politique que représente l’épisode pour Mélenchon. Les Grenoblois, eux, restent une simple variable d’ajustement dans un calcul écrit à des kilomètres de leur ville.

GRENOBLE, TOUJOURS OTAGE DES RÉFLEXES POLITICIENS

In fine, ni Piolle ni Ruffin ne se montrent capables de traiter avec la gravité qu’elle mérite une atteinte caractérisée à la liberté de création. L’un instrumentalise l’affaire pour exister à Paris, l’autre continue de ne pas nommer les coupables et de ne rien engager contre LFI pour ne pas fâcher ceux qui l’ont fait élire. Le même mépris pour les principes démocratiques, sacrifiés sur l’autel de leurs petites ambitions personnelles.

Tout cela achève de démontrer que Piolle comme Ruffin ne sont, décidément, que des politiciens à la petite semaine loin d’être à la hauteur.