Ceux qui ont participé à l’expérience Yes We Camp à L’Estaque en gardent un souvenir ému, voire nostalgique. Au printemps 2013, une bande de doux dingues décide de planter ses tentes dans les quartiers Nord. À la sauce du Off, la programmation non officielle de la Capitale européenne de la culture qui a débuté en janvier. « L’idée, alors que Marseille manque cruellement d’un camping, est d’inventer un nouveau type de bivouac collectif et créatif pour l’été, version Capitale », raconte la journaliste Gwenola Gabellec dans La Provence.

Le journal est un peu pour quelque chose dans cette histoire, comme le raconte encore Yes We Camp sur son site : « La veille du rendez-vous décisif avec le directeur du Port de Marseille pour obtenir l’autorisation de déploiement du projet, nous avons réussi à faire la Une du journal La Provence, avec une photo de l’équipe portant un ex-voto à la Bonne Mère et le titre : ‘Le Camping de la Culture, ils y croient !’ ” Le Grand Port Maritime, propriétaire du quai de la Lave, donnera finalement son accord.

Sur le quai de la Lave, à L’Estaque, l’expérience mêle en 2013 ambiance arty et ambitions écologiques.Sur le quai de la Lave, à L’Estaque, l’expérience mêle en 2013 ambiance arty et ambitions écologiques. / PHOTO ARCHIVES C.S.

À partir de fin juin, à mi-chemin entre « le Club Med et la place Jemaa el-Fna » à Marrakech, ce sont jusqu’à 200 campeurs qui peuvent y dormir chaque soir. Cabanons, caravanes et structures modulaires sont proposées dans un esprit arty et qui se veut responsable au plan de l’environnement, avec douche solaire et toilettes sèches. « Faire des cabanes, on sait, mais une ville écologique, c’est ambitieux », reconnaît Nicolas Détrie, responsable de Yes We Camp (YWC pour les intimes).

Le lieu accueille autour de sa place centrale tous ceux qui veulent bien venir. Moyennant une participation de 3 €, on peut écouter de la musique, regarder un film et s’inscrire, les mercredis et week-ends, à des ateliers participatifs. Sur place, on utilise la monnaie alternative du Off, le gaston (référence à qui vous savez). Et ce n’est pas réservé aux habitants de L’Estaque et des quartiers Nord : on peut venir en navette maritime depuis le Vieux-Port.

En plein été, Éric Pringels, le « maire-adjoint » du camping reconnaît qu’il n’avait « pas anticipé le côté communautaire de YWC. On a construit une ville, mais d’autres choses se sont construites dedans ». Le 22 septembre, Capitale Merguez, « quintessence du Off » selon son directeur Stéphane Sarpaux, vient clore cette période avec un (gros) grain de folie.

Le site a enregistré 3 000 nuitées. Yes We Camp continuera sa vie après 2013 (et le Off aussi avec Marseille 3013). Mais l’expérience a surtout rappelé que le camping, lieu de vacances accessible et populaire, n’est plus d’actualité à Marseille.

Les derniers campings ont fermé en 1991

Ces établissements d’hôtellerie de plein air, la Ville en a compté jusqu’à cinq. Dans les années 60, l’historique camping de Mazargues est le seul permanent à l’année : il accueille les touristes à la belle saison, mais également les travailleurs de passage sur sa centaine d’emplacements. « Mazargues, c’est l’idéal auquel nous aspirons. La verdure, le calme », se félicite M. Finocchi, inspecteur des campings municipaux, dans Le Provençal.

Pour les 200 emplacements des Flots bleus à Bonneveine, les sanitaires sont « certainement les plus modernes d’Europe », se vante l’employé municipal. Comme un précurseur de Yes We Camp, c’est M. Finocchi qui a construit de ses mains la buvette « en bois de récupération ». Il a même conduit le bulldozer qui a détourné le lit d’un ruisseau avant d’ériger un pont. Autres temps, autres règles. À Bonneveine comme pour les 200 emplacements des Vagues, ouvert en 1967 à Borély, c’est la proximité de la mer qui attire les estivants. Même si on peine à faire pousser des arbres susceptibles de donner un peu d’ombre. Le succès est au rendez-vous : en juillet 1968, les trois campings municipaux accueillent 17 000 touristes.

Des terrains de camping privés existent aussi à côté. À la Calanque Blanche – une cinquantaine d’emplacements sur la route des Goudes juste après le port de l’Escalette -, de nombreux Allemands passent également pour piquer une tête dans la Méditerranée, en contrebas. Au pied du col de la Gineste, Les Iris proposent un cadre bucolique à l’entrée du massif des calanques.

Au camping municipal de Bonneveine, dans les années 60, on proposait "les sanitaires les plus modernes d’Europe" selon la Ville.Au camping municipal de Bonneveine, dans les années 60, on proposait « les sanitaires les plus modernes d’Europe » selon la Ville. / PHOTO ARCHIVES LA PROVENCE

Mais tous ces campings ne résistent pas à la montée en gamme du secteur, au prix de l’immobilier et à la désaffection des vacanciers pour le bivouac en pleine ville, liée à l’insécurité. En 1982, on rénove à grands frais Les Vagues. Mais les arbres ne font toujours pas d’ombre et on oublie un détail : les douches n’ont pas l’eau chaude. Qu’importe, « en ces périodes de canicule, l’eau fraîche ne fait pas de mal », veut positiver Le Provençal.

En 1991, un an après Mazargues, les Vagues ferment à leur tour leurs portes pour laisser bientôt la place à des logements. La majorité Vigouroux décide de confier la gestion des Flots bleus au privé, mais l’opération échoue. Sur ce site qui avait accueilli dans les années 50 des arènes de corrida, on construira un stade et un petit centre commercial. Finies les vacances populaires sous la tente… jusqu’à l’éphémère tentative de Yes We Camp.