Le bruit courait dans les rangs des acteurs associatifs, il s’est confirmé en juillet : Vivacité 2026 n’aura pas lieu. Poussé par la Ville de Marseille, le festival avait succédé en 2009 au forum des associations, impulsé dès 1992 par la Cité des associations d’alors.
Durant plusieurs décennies, c’est le parc Borély qui accueillait 200 à 400 associations et plusieurs milliers de Marseillais, curieux de rejoindre les rangs des bénévoles, adhérents, licenciés et autres salariés de ces structures. En 2022, la majorité municipale du Printemps marseillais avait voulu donner un plus grand coup de projecteur sur ce riche tissu associatif en délocalisant sur le Vieux-Port cet incontournable rendez-vous de la rentrée de septembre. Stands, expos, démos… L’an dernier, 400 associations et 50 bénévoles y avaient rencontré plus de 15 000 Marseillais.
Responsable d’une toute jeune structure qui œuvre dans le domaine de la santé et de la prévention, Christelle (*) y avait participé pour la première et dernière fois : « C’était ultra-fédérateur, j’ai pu sensibiliser énormément de personnes, de tous âges et d’une grande diversité grâce à la disposition géographique des tentes qui sont accessibles à tous les passants au cœur de la ville. Ce serait impossible de mener une telle action dans une seule mairie de secteur. »
Des forums des associations dans les mairies de secteur
Car en 2026, vraisemblablement pour des raisons économiques liées à la sécurisation de l’événement, la Ville a décidé de « faire évoluer Vivacité » à travers une « programmation plus complète et plus décentralisée, avec l’ambition d’aller à la rencontre des habitants et des associations dans l’ensemble des quartiers. » Cela prendra la forme en septembre de « portes ouvertes dans les Maisons des associations et les Centres municipaux d’animation » mais aussi de « forums des associations organisés dans chaque secteur de la ville. » Forums qui existaient déjà dans les mairies d’arrondissements, en sus de Vivacité.
Si la logique de la Ville peut s’entendre lorsqu’il s’agit de rechercher une activité culturelle ou sportive à côté de chez soi, cette décentralisation ne correspond pas aux besoins des associations qui travaillent sur des thématiques plus transversales que géographiques.
« Depuis cinq ans, c’est là que je trouve de nouveaux adhérents », souligne Monica Cohen, responsable d’Aux arts etc. qui propose des cours de théâtre à des personnes porteuses de handicap, de troubles ou de maladies comme Alzheimer. Chaque spectacle fait intervenir vingt adhérents, la moitié étant des valides capables d’accompagner les autres. « Les cours se tiennent dans le 8e arrondissement mais les adhérents viennent du 7e, du 9e, du 12e…, poursuit Monica Cohen. Comment en recruter de nouveaux si je ne présente mon association que dans un forum de secteur ? Je n’ai pas les moyens de faire de la publicité et si je ne recrute pas, c’est la mort de mon association. »
« On nous dit qu’on est le poumon de la ville et qu’on est indispensables, mais on nous prive de toute visibilité », abonde Danielle Tadjiri. En quatre participations, la présidente de l’association Mabrouk les yeux de son maître a pu recruter et informer le public sur les actions menées aux côtés des malvoyants. « Certains adhérents viennent de Carry, de Cassis, de Manosque, ça n’aurait aucun sens que mon association ne soit présente que là où se trouve son siège, dans les 13e et 14e arrondissements », pointe-t-elle. En colère face à cette « hérésie », elle espère « une mobilisation collective » pour demander le retour de Vivacité.
(*) Le prénom a été changé.