Pour un premier long métrage, Hélène Rosselet-Ruiz affiche une personnalité de cinéma déjà bien affirmée. Présenté en séance spéciale au Festival de Cannes, Le Triangle d’or, depuis mercredi en salle, prend pour décor un hôtel particulier du très chic VIIIe arrondissement parisien. Derrière ses façades haussmanniennes et son luxe ostentatoire se cache une prison : celle de Souria, maîtresse d’un riche prince saoudien, mais aussi celle de Laura, une jeune femme qui accepte un emploi de domestique pour joindre les deux bouts. Une partie du scénario a été écrite lors d’une résidence en Corse, alors que la productrice Marie-Ange Luciani venait de rejoindre l’aventure. » Je garde d’excellents souvenirs de ces trois semaines à Casell’arte « , confie la réalisatrice. Une étape importante dans la naissance d’un film très personnel, inspiré d’une expérience vécue.
Capter le regard
Hélène Rosselet-Ruiz a travaillé comme femme de ménage pour une riche Saoudienne installée avenue Hoche : » J’avais besoin d’argent. Ça payait bien et cash. » Ce souvenir constitue le point de départ d’une fiction largement nourrie par un important travail de documentation auprès de femmes saoudiennes, de personnels de maisons de luxe et de conciergeries haut de gamme. Le résultat surprend d’abord par sa forme. Les nombreuses caméras de vidéosurveillance qui quadrillent la demeure deviennent un véritable personnage.
» Le regard omniscient de la maison « , résume la réalisatrice. Ce dispositif, pensé dès l’écriture avec sa coscénariste Pauline Guéna, installe une sensation permanente de contrôle. Cette idée de mise en scène, jamais démonstrative, donne au début du film une véritable singularité. Rosselet-Ruiz filme avec précision les rapports de domination, les non-dits et les déplacements dans cet espace labyrinthique.
Malou Khebizi impressionne
La réussite du film doit beaucoup à la jeune comédienne Malou Khebizi. Révélée il y a deux ans dans Diamant Brut, elle compose une Laura à la fois fragile, insolente et profondément physique. » Je ne cherchais pas une actrice précise mais une présence, un rapport au corps « , explique Hélène Rosselet-Ruiz. Un choix particulièrement heureux tant la comédienne porte le récit avec naturel. Face à elle, Soundos Mosbah impose progressivement une Souria complexe, autoritaire en apparence mais enfermée dans une solitude qui fissure peu à peu son masque. Après cette première heure très maîtrisée, Le Triangle d’or emprunte toutefois des chemins plus attendus.
Le film glisse progressivement vers le thriller psychologique, au risque de perdre une partie de la force d’observation sociale qui faisait tout son intérêt. Cette évolution reste cohérente avec le récit mais laisse le sentiment que le mystère des personnages était parfois plus captivant que les mécanismes du suspense. Reste un premier film prometteur, porté par une vraie vision de mise en scène et une interprétation remarquable. Sans révolutionner le genre, Hélène Rosselet-Ruiz signe une entrée en matière solide, qui confirme l’émergence d’une cinéaste à suivre. Un regard singulier sur les rapports de pouvoir, né d’une expérience intime, passé par la Corse avant de trouver sa place sur la Croisette puis dans les salles françaises.
Les autres films de la semaine
RRR
de S.S. Rajamouli. 3 h 07
Affiche RRR Doc CM
» À l’époque coloniale, en Inde, les Anglais enlèvent une jeune fille d’une communauté tribale. Mais ce qu’ils ignorent, c’est que cette tribu a un protecteur : Bheem. Peut-être que soleil ne se couche jamais sur l’empire britannique… » Fresque spectaculaire devenue un phénomène mondial lors de sa sortie, RRR mêle film historique, action démesurée et comédie musicale dans un tourbillon de scènes toujours plus folles. Derrière son esthétique flamboyante et ses séquences d’action défiant les lois de la physique, le cinéaste indien S.S. Rajamouli livre aussi un récit d’amitié et de résistance face à la domination coloniale britannique. Une expérience de cinéma hors normes.
Spider-Man : Brand New Day
de Destin Daniel Cretton. 2 h 25
Affiche SpiderMan Doc CM
» C’est un tout nouveau jour pour Peter Parker Dans un monde qui ne se souvient plus de lui, il poursuit sans relâche sa lutte contre la criminalité. Mais le sentiment d’avoir été oublié par ses amis qui avancent désormais sans lui provoque un changement chez Peter qu’il n’est peut-être pas en mesure de contrôler. » Après les événements de No Way Home, Peter Parker doit réapprendre à vivre dans un monde qui l’a totalement oublié. Ce nouveau chapitre des aventures de l’homme-araignée explore les conséquences de ce sacrifice tout en relançant la saga sur de nouvelles bases. Entre action, émotion et nouveaux ennemis, le réalisateur Destin Daniel Cretton insuffle-t-il un souffle inédit à l’univers du super-héros Marvel ? Réponse en salle.
Les Matins merveilleux
d’Avril Besson. 1 h 27
Affiche Les matins merveilleux Doc CM
» De vieux vinyles disco dans le coffre de sa Twingo, à peine remise de la mort de sa grand-mère, Charlie roule. Elle ne sait pas encore que ces disques ressusciteront les pas de danse de sa mère dans les yeux humides de Titou, caviste rêveur, ni qu’une plage méditerranéenne désertée sera le théâtre de sa rencontre avec Marina, qui rêve son idéal de liberté dans la pizzeria du village. » Avec délicatesse, Avril Besson signe un premier long métrage lumineux sur le deuil, les rencontres et les secondes chances. Au fil d’un road-trip entre souvenirs familiaux, musique disco et paysages méditerranéens, Les Matins merveilleux déploie un récit sensible porté par des personnages attachants. Mention spéciale au duo India Hair et Raya Martigny.