Par
Benoit Doyen
Publié le
1 août 2026 à 6h16
On a beau apprécier la météo estivale, il faut bien avouer que cet été 2026 ne nous épargne rien. Non seulement le mercure s’est déjà affolé plusieurs fois, déclenchant des épisodes de canicule ; mais il n’a en plus (pratiquement) pas plu depuis des semaines. Et ça, on le sait désormais tous, les écosystèmes n’aiment pas du tout : cultures qui souffrent, cours d’eau qui voient leur niveau baisser, sols qui s’assèchent ou encore, évidemment, risque très accru d’incendie comme on peut malheureusement le constater ces derniers jours dans l’actualité.
Et si, en ce qui concerne notre territoire, la situation est somme toute bien moins catastrophe, il n’empêche qu’il n’échappe évidemment pas au phénomène : la sécheresse s’y fait de plus en plus prégnante. C’est surtout le cas le long de la vallée de la Bresle, où la situation hydrologique fait désormais l’objet d’une vigilance accrue.
Ces derniers jours, les niveaux d’alerte ont donc été actualisés en conséquence de part et d’autre du fleuve, aussi bien dans la Somme qu’en Seine-Maritime.
Mais qui dit deux départements dit deux préfectures… et donc deux séries de mesures qui ne sont pas nécessairement identiques. Selon que vous habitiez d’un côté ou de l’autre de la Bresle, vous pouvez faire l’objet de restriction d’utilisation d’eau… ou pas.
Alors où en est exactement la situation ? Quelles communes sont concernées ? Et surtout, pouvez-vous encore arroser votre jardin, laver votre voiture ou remplir votre piscine ? On fait le point sur ce qui est autorisé ou non selon l’endroit où vous habitez.
Où en est la situation ?Dans la Somme
Côté Somme, la situation s’est progressivement dégradée depuis le printemps. Le déficit de précipitations n’a cessé de se creuser et les épisodes successifs de fortes chaleurs n’ont évidemment rien arrangé. Au moment de dresser son bilan, la préfecture constatait ainsi l’absence de précipitations significatives depuis près d’un mois et demi, avec pour conséquence une baisse marquée du débit des cours d’eau.
Tout n’est cependant pas encore dans le rouge. La recharge des nappes phréatiques durant l’hiver ayant été favorable, la situation reste pour l’heure « globalement soutenable » sur une grande partie du département. Mais la tendance inquiète suffisamment pour que le comité de suivi de la ressource en eau, réuni le 22 juillet dernier, appelle à une vigilance accrue.
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Quelques jours après cette réunion, le 24 juillet, le préfet de la Somme Rollon Mouchel-Blaisot a décidé de placer l’ensemble du département en vigilance sécheresse. Avec une exception, le secteur de la Bresle qui passe, lui, au niveau supérieur : vigilance renforcée.
Autrement dit, si toute la Somme commence à manquer d’eau, la vallée de la Bresle fait partie des secteurs où la situation hydrologique est la plus préoccupante. Un nouveau comité doit se réunir dans les prochaines semaines pour examiner l’évolution de la situation et, si nécessaire, adapter ces niveaux d’alerte.
En Seine-Maritime
Sur la rive normande, la situation apparaît encore plus préoccupante. Dès le 17 juillet, soit une semaine avant la Somme, le préfet de Seine-Maritime a placé le bassin de la Bresle en alerte sécheresse, premier niveau de restriction des usages de l’eau. Une décision motivée par des vagues de chaleur successives et un déficit de précipitations persistant depuis le mois de juin, qui ont fortement affecté les cours d’eau de l’est du département.
La préfecture rappelle également que les nappes phréatiques partaient déjà avec un handicap. Après deux années consécutives de recharge hivernale inférieure à la normale, la période estivale a débuté avec des réserves souterraines relativement faibles. Dans le secteur de la Bresle, le niveau des nappes est aujourd’hui jugé modérément bas, tandis que les sols continuent de s’assécher sous l’effet du manque de pluie et des températures élevées.
Mais c’est surtout l’état du fleuve qui retient l’attention. Selon les indicateurs suivis par les services de l’État, le débit de la Bresle est désormais qualifié « d’exceptionnellement sec », un niveau correspondant à un phénomène qui ne survient statistiquement que tous les dix à vingt ans. La préfecture estime d’ailleurs que la situation pourrait encore se dégrader dans les prochaines semaines et évoluer vers une alerte renforcée, si les conditions météorologiques ne s’améliorent pas.

Le secteur de la Bresle souffre de plus en plus de la sécheresse, au point que les préfectures concernées commencent à prendre des mesures de préservation de la ressource en eau. ©Benoit DoyenAutorisé ou pas ?
Si les deux préfectures dressent le même constat, celui d’une sécheresse qui s’aggrave, elles n’ont pas choisi de répondre exactement de la même manière. Le niveau d’alerte n’étant pas identique de part et d’autre de la Bresle, les restrictions varient elles aussi selon le département dans lequel on se trouve. Arrosage, lavage des voitures, remplissage des piscines… Voici ce qui est autorisé, déconseillé ou interdit.
Dans la Somme : un appel à la responsabilité
Du côté de la Somme, la préfecture ne parle pas encore de restrictions. Même dans le bassin de la Bresle, placé en vigilance renforcée, les particuliers ne sont pas soumis à des interdictions. Les autorités invitent en revanche chacun à adopter des gestes de bon sens afin de préserver la ressource en eau.
Concrètement, il est recommandé de limiter l’arrosage en pleine journée, qu’il s’agisse des jardins, arbres, arbustes, massifs de fleurs, pelouses ou terrains de sport. Il est également conseillé de réduire le lavage des véhicules, le nettoyage des voiries et des façades, ainsi que le remplissage des piscines.
En résumé, rien n’est pour le moment interdit, mais tout est à faire avec bon sens et parcimonie. Pour l’heure, la préfecture mise avant tout sur la responsabilité des particuliers, collectivités et professionnels afin d’éviter d’avoir à prendre, dans les prochaines semaines, des mesures plus contraignantes.
En Seine-Maritime, certaines pratiques interdites
Le ton change en franchissant la Bresle. Contrairement à la Somme, la préfecture de la Seine-Maritime a placé le bassin de la Bresle en alerte sécheresse, un niveau qui s’accompagne cette fois de restrictions obligatoires. Les communes de notre secteur concernées par ces mesures sont à retrouver dans l’encadré ci-dessous.
Pour les particuliers, plusieurs usages de l’eau sont désormais interdits jusqu’à nouvel ordre. Il n’est par exemple plus possible de remplir une piscine privée, de mettre en eau un plan d’eau, de faire fonctionner une fontaine en circuit ouvert ou encore de laver son véhicule, sauf dans une station professionnelle équipée d’un système de recyclage ou d’un nettoyeur haute pression.
Le nettoyage des terrasses, façades, voiries et trottoirs est lui aussi interdit, sauf pour certains professionnels ou collectivités. L’arrosage des espaces verts reste quant à lui autorisé, mais pas entre 11 h et 18 h, les heures les plus chaudes de la journée. Les habitants doivent privilégier un arrosage tôt le matin ou en soirée, afin de limiter l’évaporation.
Des mesures concernent également les professionnels. Les entreprises doivent réduire leur consommation d’eau au strict nécessaire, les travaux en cours d’eau sont suspendus sauf dérogation, et certaines activités comme l’irrigation agricole par aspersion sont également limitées aux heures les moins chaudes.
Enfin, la préfecture prévient que la situation pourrait là aussi encore se dégrader. Si la sécheresse se poursuit, le bassin de la Bresle pourrait prochainement basculer en alerte renforcée, avec des restrictions encore plus strictes.
Les communes concernées par les restrictions
Les restrictions mises en place par l’arrêté de la préfecture de Seine-Maritime s’appliquent à une zone dite « Bresle », qui regroupe les communes suivantes, classées par ordre alphabétique :
Aubéguimont, Aumale, Baromesnil, Bazinval, Blangy-sur-Bresle, Campneuseville, Conteville, Criquiers, Ellecourt, Étalondes, Eu, Guerville, Haudricourt, Hodeng-au-Bosc, Illois, Incheville, Landes-Vieilles-et-Neuves, Longroy, Marques, Melleville, Le Mesnil-Réaume, Millebosc, Monchaux-Soreng, Monchy-sur-Eu, Nesle-Normandeuse, Nullement, Pierrecourt, Ponts-et-Marais, Réalcamp, Richement, Rieux, Morienne, Saint-Martin-au-Bosc, Saint-Pierre-en-Val, Saint-Rémy-Boscrocourt, Le Tréport et Vieux-Rouen-sur-Bresle.
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