Les ministres de l’Intérieur des pays de l’UE se réuniront mardi en visioconférence afin d’échanger «sur les développements à Ceuta», a annoncé l’Irlande, qui assure la présidence tournante de l’UE, samedi. Par missives interposées, l’Espagne, puis un groupe de 22 pays, dont l’Italie et le Danemark, ont tour à tour réclamé cette réunion afin d’échanger sur la crise migratoire dans cette enclave espagnole et les tensions diplomatiques qui en ont suivi.
L’Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles aux frontières avec l’Espagne après l’entrée illégale cette semaine de près de 60 000 migrants en provenance du Maroc dans l’enclave espagnole de Ceuta. De quoi ouvrir une crise au sein de l’Union européenne. Vendredi soir, le ministère espagnol de l’Intérieur a annoncé que plus de 48 000 d’entre eux étaient rentrés au Maroc et depuis le milieu de la nuit, des centaines, surtout des jeunes, ont commencé à être renvoyés à bord de dizaines d’autobus.
Une ONG demande une enquête indépendante
L’Association marocaine des droits humains (AMDH) a appelé samedi à l’ouverture d’une enquête indépendante afin de faire «toute la lumière» sur les causes de l’afflux inédit de migrants survenu entre la ville marocaine de Fnideq et l’enclave espagnole de Ceuta.
La crise à Ceuta a fait au moins 67 morts, selon les autorités espagnoles. L’AMDH, qui annonce «près de 130 victimes» ainsi que des dizaines de disparus, a appelé dans un communiqué à «ouvrir une enquête sérieuse et indépendante afin de faire toute la lumière sur les circonstances et les causes ayant conduit aux récentes vagues d’exode, et établir les responsabilités».
Elle condamne aussi «le silence inquiétant des responsables et des institutions» du pays – qui n’ont toujours pas réagi publiquement à la crise – estimant que ce mutisme a contribué à créer l’énorme afflux de gens cherchant à émigrer. Une source proche du milieu associatif a déclaré à l’AFP que «la façon dont les choses se sont passées» laissait penser que ces arrivées massives à la frontière n’avaient pas pu se produire sans l’«accord des autorités» marocaines.
L’ONG dit tenir l’Etat marocain «pleinement responsable» de la situation ayant conduit à cet afflux, alimenté par «la colère populaire face à l’échec des politiques» du pays, qui connaît une forte croissance mais encore beaucoup d’inégalités et un fort taux de chômage.
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Une proposition démagogique
Ils étaient arrivés en passant par la frontière terrestre ou la mer. Trente-quatre sont morts, dont beaucoup par noyades, selon le gouvernement local de Ceuta. Dès jeudi, l’Italie avait annoncé vouloir suspendre l’Espagne de l’espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark. Une proposition qualifiée de «démagogique» par l’Espagne et à la portée incertaine, des juristes consultés par l’AFP assurant qu’il est impossible de l’appliquer dans le cadre légal actuel. Depuis samedi, selon le ministère italien de l’Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l’Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d’Espagne.
Montée au créneau de la droite et de l’extrême droite
En France, le nombre de policiers et gendarmes à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, soit 334, a annoncé vendredi le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez. Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de «renforcer les contrôles à la frontière avec l’Espagne». De son côté, le premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: «Ce n’est pas le moment de se diviser. C’est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie».
Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l’extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l’espace Schengen. «Environ 60 000 personnes sont entrées dans notre ville», a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d’une conférence de presse vendredi, soit «70% de la population de Ceuta».
Rumeur d’une ouverture la frontière
Arrivé vendredi matin avec son ministre de l’intérieur, Pedro Sánchez a évoqué «une attaque, une violation de l’intégrité territoriale de l’Espagne» et accusé des «mafias» d’être à l’origine de la rumeur d’ouverture de la frontière. Le ministère espagnol de l’intérieur a annoncé l’envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et de policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu’un bateau et des drones.
A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l’enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à «l’invasion d’un pays», accusant sur X l’Espagne de mener des «efforts délibérés» ayant favorisé cette immigration clandestine.
Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d’un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l’Espagne. Plus de 10 000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.