Posted On 2 août 2026
Le Dauphiné Libéré a de nouveau sorti les hochets de la communication municipale : 39 % de public de moins de 26 ans au Théâtre municipal de Grenoble (TMG), un taux de fréquentation de 88 %, 14 026 places vendues. Delphine Gouard, la directrice, s’en félicite : « c’est le résultat d’un vrai travail au quotidien ». Un satisfecit soigneusement calibré mais qui, sorti de son contexte historique, ressemble surtout à la énième version d’un exercice devenu rituel : maquiller un effondrement en victoire.
UN « BON NIVEAU » QUI CACHE UN EFFONDREMENT DE 74 %
Reprenons les chiffres avec la rigueur que le Dauphiné Libéré s’épargne. Le Théâtre municipal de Grenoble accueillait 54 000 spectateurs par saison en 2002/2003, du temps où Guy Sisti en assurait la direction. Il en attire aujourd’hui 14 026. Soit une perte sèche de près de 40 000 spectateurs, un effondrement de 74 % en un peu plus de vingt ans. Face à cette hémorragie, une hausse de 2,8 points d’une saison sur l’autre ne constitue pas un rebond : c’est la stabilisation d’un naufrage.
Le titre très trompeur du Dauphiné qui reprend sans la questionner la propagande municipale
LE RITUEL SEMESTRIEL DE L’AUTOSATISFACTION
En juin 2025, le Dauphiné se réjouissait déjà d’une « timide hausse de 3 000 spectateurs ». En janvier 2026, rebelotte : le quotidien célébrait à nouveau un théâtre ayant « retrouvé une belle sérénité ». Toujours le même message : tout irait pour le mieux au théâtre municipal. Jamais un mot sur les dizaine de milliers de spectateurs perdus en moins de deux décennies. La mémoire s’arrête précisément là où commence la comparaison qui dérange.
LE THERMOMÈTRE TRUQUÉ POUR GONFLER LE TAUX DE REMPLISSAGE
Le satisfecit sur le taux de fréquentation est la plus grosse des arnaques. Pour gonfler le chiffre et afficher 88%, il suffit pour la municipalité de réduire artificiellement la jauge de la salle prise en compte. Ainsi la capacité maximum du théâtre (550 places pour la plus grande salle) n’est jamais la capacité utilisée, elle est réduite selon les spectacles. Pour planquer la chute libre du nombre de spectateurs, les verts ont inventé un thermomètre truqué qui masquer la désaffection.
Les chiffres de fréquentation du théâtre sur le temps long. Un crash.
ALEXIS MONGE ET LA PROMESSE DE LA « PROGRAMMATION LIBRE »…
Un mois avant l’article dithyrambique du DL, le nouvel adjoint à la culture Alexis Monge (PCF) promettait la rupture. Il assurait vouloir garantir une programmation « libre et sans autocensure ». Une promesse qui, venant d’un élu de la majorité Verts/LFI après douze ans de mainmise idéologique sur la culture grenobloise, méritait d’être prise au mot – et surtout d’être vérifiée à l’épreuve de la programmation pour la saison 2026-2027.
… POUR FINALEMENT RECYCLER LES MÊMES THÉMATIQUES
Que trouve-t-on dans cette programmation « libre » ? Un spectacle sur l’empreinte du milieu social sur les corps et les esprits, un autre questionnant notre crainte de l’inconnu, trois créations sur l’avenir de la planète, une pièce inspirée de la perception sensorielle non humaine… Absolument rien n’a bougé, on retrouve toujours les mêmes thèmes totems obsessions des Verts : écologie, rapport au corps, égalité femmes hommes…
LE THÉÂTRE PRIVÉ, TOUJOURS PERSONA NON GRATA
La « liberté » promise par Alexis Monge a donc bien des limites claires. D’abord, ces mêmes thèmes repris en boucle. Ensuite, l’adjoint avait lui-même précisé au Dauphiné Libéré : « on ne veut clairement pas que ce lieu serve à accueillir du théâtre privé ». Bref : on est encore dans la doctrine défendue depuis des années, celle de la mainmise municipale sur la programmation culturelle pour peser sur les esprits. La « liberté » est un concept qui ne vaut que pour les discours.




La charte qui force les acteurs culturels à souscrire aux lubies idéologiques de la municipalité, au mépris de la liberté de création.
L’AIDE AUX COMPAGNIES SOUMISE AUX CRITÈRES IDÉOLOGIQUES
Cette saison « libre » coûtera 96 000 euros à la ville, fléchés vers l’aide aux compagnies pour monter leurs spectacles. Une somme qui s’inscrit dans un système où la subvention municipale est toujours conditionnée à la charte imposée par l’ex adjointe à la culture Lucille Lheureux (Verts) forçant l’engagement des artistes sur « la transition écologique » et « la transition démocratique ». L’argent public finance la conformité idéologique. À tous les étages, la tutelle politique pèse sur la culture.
LE JEUNE PUBLIC, AUTRE « SUCCÈS » BIAISÉ
Reste ce chiffre de 39 % de public jeune, brandi comme l’indicateur du succès. Il doit beaucoup, de l’aveu même de l’article, à des « offres tarifaires offensives » – comprendre des tarifs subventionnés, financés par le contribuable. Rien de scandaleux en soi à démocratiser la culture. Mais présenter le résultat de cette politique de prix comme un succès est là encore hypocrite : si le % était peut-être inférieur, le nombre de jeunes était forcément bien plus élevé à l’époque où le théâtre attirait 5x plus de personnes !
LA CHUTE SE POURSUIT
De Piolle à Ruffin, de Lheureux à Monge, seuls les visages ont changé : la doctrine qui a vidé les salles perdure, et la communication municipale continue, saison après saison, à maquiller la gestion d’un déclin en promesse de renouveau. Sur ce sujet comme sur tant d’autres, on assiste pas ne serait-ce qu’au début d’une prise de conscience ou en remise en question en s’interrogeant sur le bilan des politiques menées. Droit dans le mur.