Les bonnes nouvelles méritent d’être célébrées. D’autant plus quand elles concernent le développement de la faune sauvage, dans un monde où la biodiversité est plus que jamais en tension, menacée par sécheresses et canicules. Un couple de chouettes chevêches d’Athéna, une toute petite espèce de rapaces nocturnes, les plus petits de France, a récemment donné naissance à un petit, dans un parc du nord de la ville.
Et un autre couple a été aperçu, nichant au cœur du centre-ville, près du littoral, une première à Marseille. « C’est une espèce surprenante, qui nous réserve encore des surprises. Nous avons besoin de passer beaucoup de temps à l’observer pour apprendre à mieux connaître ses comportements et ses habitudes », note Anaël Marchas, chercheur auprès de la Ligue de protection des oiseaux (LPO) de la région.
Petite chouette, grande menace
Cette chouette est menacée de déclin, et elle est protégée, comme tous les autres rapaces depuis 1976. Malgré tout, pas plus de 25 à 30 mâles chanteurs subsistent à Marseille, pour moins de 70 couples. Ce rapace, typique du bassin méditerranéen et surtout de la campagne marseillaise, niche dans des cavités naturelles, comme les troncs de certains arbres, mais aussi dans les toitures de bâtiments anciens, maisons ou granges. On la trouve plutôt dans le nord de Marseille, dans le pourtour du massif de l’étoile mais aussi au parc Athéna (13e), bien que l’appellation de l’espèce n’ait rien à voir avec la dénomination du parc. La petite chouette est connue pour être l’un des attributs de la déesse grecque Athéna, protectrice des cités, garante de la sagesse comme de la guerre.
Elles sont très discrètes et difficiles à observer. / Photo DR Nicolas DE VAULX
La chouette chevêche d’Athéna ressemble toutefois moins à un être mythologique aux proportions gigantesques qu’à une petite boule de plumes, dotée de grands yeux dorés au regard perçant, qui mesure à peine plus de 20 centimètres et pèse moins de 200 grammes. L’espèce est aussi attendrissante que discrète et fragile. Elle chasse la nuit, en ras de sol, et avec son petit 60 centimètres d’envergures, la chevêche est souvent fauchée par les voitures.
« Quand elle quitte son nid, elle risque de mourir »
Les collisions ne sont pas les seuls dangers pour la minuscule chouette. On comptait à la fin des années 1970 près de 100 000 couples, quand à la fin des années 1990 ce chiffre était réduit à 35 000. Et le déclin se creuse encore depuis trente ans. La principale raison – c’est souvent le cas lorsqu’une espèce sauvage est perturbée par l’Homme – est l’étalement urbain : la disparition de parcelles agricoles, d’arbres, de jardins et de parcs, la bétonisation, la destruction de bâtisses qui servaient de nichoir. « Ce n’est pas anodin, par sa seule présence, l’Homme perturbe complètement l’expérience au monde d’une espèce, qui quand elle quitte un nid, risque de mourir. Elle peut avoir du mal à trouver un autre refuge et être chassée par d’autres. Le vivant est fragile », alerte Nina Palomba, conseillère municipale déléguée à la condition animale à la Ville de Marseille.
En juillet 2025, les représentants du bureau d’études Ecotonia et la société immobilière les Lodge du Château comparaissaient au tribunal administratif de Marseille, accusés d’atteintes à la biodiversité. Pour y faire construire une résidence, une bâtisse a été détruite dans le secteur du Technopôle de Château-Gombert en 2023, malgré plusieurs signalements de l’Office français de la biodiversité (OFB) et de la LPO indiquant la présence du nid d’un couple de chevêches à l’intérieur. « Nous voulons être prescripteurs en matière de règles d’urbanisme pour repérer les spécimens qui pourraient nicher avant une rénovation ou une destruction, et les relocaliser ailleurs, quitte à décaler les travaux », annonce Hervé Menchon, l’adjoint (EELV) au maire en charge de la biodiversité.
En plusieurs endroits, dans des parcs et espaces naturels, la LPO a installé des nichoirs adaptés aux chevêches dans l’espoir qu’elles s’y installent et repeuplent le ciel.