En juillet, Marseille a suscité plus de demande que Paris sur la plateforme d’hébergement Booking. Un signal à double tranchant, estime Julien Harounyan, adjoint au maire (DVG) de Marseille chargé du tourisme.

Marseille devant Paris sur Booking, ça signifie quoi ?

C’est une première, observée sur l’une des principales plateformes de logement. Et cela confirme une dynamique d’attractivité sur plusieurs années, avec une offre touristique de plus en plus large. Je pense à l’Été marseillais [1 600 animations gratuites – concerts, spectacles, sport, nautisme, N.D.L.R.], au littoral… La calanque d’En-Vau, à Cassis, vient d’être désignée « plus belle plage de France » au niveau européen. Cela rayonne sur Marseille, qui est une destination de plus en plus choisie.

En juin, le concert de Bad Bunny au Vélodrome a fait exploser la demande de logements pendant plusieurs jours.

Beaucoup des 60 000 fans ont prolongé leur séjour – pour la mer, la gastronomie, le patrimoine… C’est la preuve que l’on sait générer un tourisme événementiel à l’échelle internationale. On l’a aussi observé avec les demi-finales du Top 14 de rugby, en juin, comme avec l’OM le reste de l’année.

Dans un contexte économique et international tendu, certains se replient-ils sur Marseille ?

58 % des Français restent en France cet été. Marseille remplit les cases d’une destination urbaine, qui offre un large choix d’activités à prix raisonnable.

Et on entend de plus en plus parler anglais en ville…

Parce qu’un tourisme international s’y développe. Il est européen mais aussi nord-américain, avec une clientèle qui allait jadis sur la Côte d’Azur et ailleurs en Provence. Depuis 2025, on enregistre + 17 % d’Américains, notre deuxième clientèle internationale. Beaucoup sont des jeunes attirés par une ville tendance, culturelle, de plus en plus desservie par avion et perçue comme bon marché. On reçoit aussi beaucoup de Chinois. Le Shanghai-Marseille, qui achemine aussi d’autres voyageurs d’Asie, pourrait voir sa fréquence augmenter.

Mucem, quartier du Panier, Notre-Dame de la Garde… Certains touristes disent avoir vite fait le tour du centre-ville, que leur répondez-vous ?

On travaille à y remédier, avec des agents chargés d’orienter vers des lieux moins connus : la Cité radieuse du Corbusier, des pépites patrimoniales des quartiers nord, les sentiers de Marcel Pagnol… Il reste de la marge pour désengorger le centre-ville.

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2,6 millions de croisiéristes font aussi escale chaque année, le temps d’une journée.

Ils sont nombreux mais ne restent pas assez longtemps. On travaille avec les compagnies pour tenter de les faire arriver un ou deux jours plus tôt. On veut aussi développer une croisière plus haut de gamme, sur des bateaux plus petits, avec une clientèle qui s’intéresse à la ville.

Marseille est-elle organisée pour accueillir tous ces visiteurs ?

Les hôtels étaient remplis à 95 % en juillet. Il nous faut encore développer l’offre. Et les infrastructures souffrent énormément : transports surchargés, Vieux-Port et littoral bondés… Nous travaillons à faire en sorte que Marseille reste apaisée, d’abord pour ses habitants mais aussi ses visiteurs. La régulation fonctionne dans les calanques, mais en ville ? Les autocars n’ont plus le droit de stationner sur le Vieux-Port, ce qui crée d’autres désordres ailleurs. Il faut mieux répartir les flux et surtout les « désaisonnaliser », en accueillant 12 mois sur 12 – contre 7 sur 12 aujourd’hui. C’est l’objet de nos campagnes de pub, à Paris ou New York, qui promeuvent Marseille en hiver. Nous misons enfin sur le tourisme d’affaires, dans un but : pérenniser une filière et des emplois, avec des gens venant vivre et consommer dans notre ville.

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Le tourisme pèse aussi sur l’offre de logement ?

70 % du parc Airbnb est détenu par des investisseurs non-marseillais. Nous combattons cela avec une politique drastique pour remettre ces logements sur le marché locatif [limitation des locations de résidences secondaires et réduction à 90 jours pour les résidences principales]. Beaucoup de logements connaissent ce sort dans les quartiers tendus, mais la dynamique n’est pas encore inversée. La difficulté à se loger, liée à divers facteurs, reste forte.