Par
Lisa Rodrigues
Publié le
4 août 2026 à 15h58
« Depuis l’incident, je n’arrive plus à dormir. » Ulrich, 28 ans, ne se remet pas de son séjour à l’unité APEX (accueil psychiatrique et évaluation des conduites suicidaires) du Centre hospitalier Alpes-Isère de Saint-Égrève. Diagnostiqué autiste avec de multiples troubles, il est victime de crises accompagnées de pensées ou gestes suicidaires. « J’ai tendance à faire des shutdowns, des sortes de burnouts autistiques où mon cerveau déconnecte. Je reste mutique et je ne peux plus, physiquement, parler. »
En juillet, pendant une de ces crises, Ulrich contacte les secours. « Ils m’ont envoyé le SAMU, qui m’a emmené aux urgences Nord de Grenoble. De là, connaissant mon dossier, ils m’ont transféré à l’APEX. » C’est au cours de ce séjour qu’Ulrich assure avoir subi des maltraitances.
Des problématiques avec une équipe de nuit
C’est surtout avec une équipe de nuit que les choses ont dérapé, et en particulier avec une infirmière qui n’a pas su prendre en charge correctement son handicap.
Une première fois, il demande à accéder à « une salle d’apaisement », dans laquelle il s’est endormi par mégarde quelques heures plus tôt. Cette fameuse infirmière lui refuse l’accès de manière virulente, selon Ulrich. « Elle m’a dit que ce n’était pas une chambre d’hôtel. Quand on me parle comme ça, ça réveille des traumas. »
Il tombe à nouveau devant cette même professionnelle le lendemain. « Rien que le fait de la voir a déclenché une autre crise. »
« Elle a dit que j’avais deux ans d’âge mental »
Incapable de s’en sortir, Ulrich va demander un premier médicament au bureau des infirmières.
J’ai écrit ma demande sur mon téléphone, comme je ne pouvais plus parler. Mais il y a eu une négation de mon handicap : on m’a dit que je savais parler, donc que je pouvais verbaliser ce que je voulais dire.
Ulrich
Ancien patient de l’unité APEX du CHAI de Saint-Égrève
Une infirmière finit par lui donner le médicament, qui ne fonctionne pas. Il fait donc une autre demande par écrit, car toujours dans un état mutique. Mais il tombe à nouveau sur la professionnelle qui l’a traumatisée. « Elle est devenue méchante. Elle a dit que j’avais deux ans d’âge mental et cette phrase a empiré mon état. Je me suis recroquevillé sur moi-même, assis par terre devant le bureau des infirmières. »
La professionnelle contacte alors le service de sécurité. « Ils sont venus et ils ont voulu me mettre en isolement, alors que j’étais inoffensif, mutique. » Un autre patient témoin de la scène prend la défense du jeune homme, tout comme un médecin appelé dans la foulée qui « reconnaît que l’isolement est disproportionné dans mon état », rapporte Ulrich.
« J’ai peur d’aller aux urgences »
Une fois son séjour terminé, il met du temps à obtenir des documents relatant son passage dans l’unité APEX. Des documents où, selon lui, les « faits ont été travestis », parlant simplement d’un « désaccord avec les soignants ».
Ulrich assure avoir remonté le problème au service concerné, via la cadre de santé « qui m’a présenté ses excuses », et en déposant un dossier « concernant la maltraitance que j’ai vécue » auprès de la Maison des Usagers. Il a aussi pris contact avec l’association Envol Isère autisme.
Le jeune homme compte également déposer plainte. « Il faut qu’ils mettent en place une formation pour les infirmiers de ce service, car ça aggrave les cas des patients. »
Depuis sa sortie, il a gardé des séquelles psychologiques. « J’ai peur d’aller aux urgences, parce que si j’y vais, ils vont me transférer encore là-bas. » Ses doses de médicaments ont aussi été augmentées. « Tout ce que je veux, c’est que justice soit faite, et pas seulement pour moi, mais pour prévenir de futurs incidents dans ce service. »
La direction du CHAI dit être mobilisée
Ce n’est pas la première fois que des patients ou anciens patients du CHAI dénoncent des maltraitances ou abus dans la presse. Des témoignages entendus par l’établissement, contacté par la rédaction.
La Direction et les professionnels de l’établissement entendent les difficultés et le mal-être que peuvent exprimer certains patients ou anciens patients à propos de leur prise en charge. Toute parole mérite d’être écoutée avec attention et considérée avec sérieux.
Direction du CHAI de Saint-Égrève
Dans le cas d’Ulrich, le CHAI souligne n’avoir « pas connaissance de la situation ». Et de rappeler qu’en cas de témoignage de ce type, « des analyses objectives des situations signalées » sont menées. « Un rapport circonstancié est demandé aux équipes et une enquête interne est réalisée afin de confirmer ou d’infirmer les faits. »
« Le CHAI reste pleinement mobilisé pour garantir à chaque patient une prise en charge respectueuse, bienveillante et conforme aux bonnes pratiques professionnelles », assure la direction de l’établissement.
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