Par

Mathieu Charré

Publié le

4 août 2026 à 18h06

C’est un pilier de la vie locale qui s’effondre. À Grand-Couronne, dans la métropole de Rouen, José Lamare, figure associative de la ville depuis une trentaine d’années, a dû quitter les locaux de ses deux associations fin juillet. Une décision qui suscite incompréhension et colère, et qui implique la mairie de la ville et Haropa Port.

Plus de trente ans consacrés à ses deux associations

Au moment de rendre les clés du hangar de la Zone d’Activité des Peupliers, mardi 28 juillet, c’étaient plus de 30 ans de vie associative que José laissait derrière lui. « Je suis orphelin, c’était très dur », évoque-t-il, visiblement ému. Les dons stockés ont été distribués autant que possible, avant de laisser les locaux « bien nettoyés » pour la mairie, avec son matériel dedans.

À 78 ans, José Lamare est une institution de Grand-Couronne. Ancien employé municipal au service propreté, il fait vivre le tissu associatif local depuis plus de trente ans via ses deux associations : Barbe Jeunes, qui aide les jeunes en difficulté, et Coup de Pouce, qui collecte et offre des dons aux plus précaires.

Ces deux associations, non subventionnées, pouvaient compter sur ce hangar désormais vide, que la Ville louait à Haropa Port et mettait à disposition gratuitement. Il permettait de stocker les dons : mobilier, électroménager, palettes alimentaires… Des dons qui alimentaient l’épicerie solidaire de la ville, ou étaient donnés directement aux familles dans le besoin qui contactaient José.

Un courrier de la Ville sonne le glas des locaux

Du premier Téléthon de Grand-Couronne, en 1997, aux dons pour l’Ukraine en guerre ou l’Irak après un tremblement de terre, José a multiplié les initiatives pendant des décennies. Un engagement qui a connu un sérieux contretemps début juillet, sous la forme d’un courrier de la Ville. Dans cette lettre, que 76actu a pu consulter, la mairie signifie à José qu’il doit vider les locaux « sous 15 jours », et quitter définitivement les lieux « au plus tard le 21 juillet ».

Un véritable coup de massue pour José et son entourage. L’homme aurait contacté la maire, Julie Lesage, sur Messenger, puis par mail pour obtenir plus d’explications. Sans succès à ce jour, d’après lui. Tout juste a-t-il obtenu auprès de la Ville un délai supplémentaire d’une semaine pour s’organiser. Avant de quitter les lieux mardi 28 juillet, la mort dans l’âme.

« Il ne peut pas s’arrêter, c’est son moteur, témoigne la fille de José, Davina Deschamps-Lamare, secrétaire des deux associations. C’est ce qu’il a construit toute sa vie. Ça fait partie de lui, c’est son ADN. »

La mairie et Haropa Port se rejettent la faute

Pourquoi la Ville a-t-elle mis fin à cette entente ? Dans son courrier, la mairie explique que « la convention de location qui lie la Ville de Grand-Couronne à Haropa Port pour ce complexe immobilier va être résiliée à la fin du mois de juillet 2026 ». À l’initiative de qui ?

Relancée, la direction générale des services explique que c’est Haropa Port qui « prévoit un changement d’activité et a exprimé sa volonté de récupérer ce local », une décision qui impacterait les services techniques de la ville et trois associations. « Un délai supplémentaire a été accordé à monsieur Lamare. Les services techniques s’efforcent de rapatrier également les biens stockés aux Peupliers dans d’autres espaces de la commune sur cette période. La ville reste attentive à ce que la libération des locaux se fasse dans les meilleures conditions pour tous ses occupants. »

Du côté d’Haropa Port, on indique à 76actu une version qui peut sembler contradictoire : « Haropa Port Rouen loue le local concerné à la mairie de Grand-Couronne qui le mettait à disposition d’associations. La municipalité a souhaité arrêter cette location. »

Relancée suite à cette réponse, Julie Lesage, la Maire de Grand-Couronne, a précisé les choses. « Chaque année, Haropa Port demande à récupérer les locaux, et on pousse pour les garder. Cette fois, on a dit oui. » Selon l’élue, la raison serait financière : Grand-Couronne doit éponger une dette importante, qui a déjà poussé la Ville à se séparer d’agents municipaux plus tôt cette année. « Cela n’empêche en rien qu’il continue son association, au contraire. Il est reconnu dans la ville, fait beaucoup de choses, il n’y a aucun problème avec ça. »

Une décision personnelle ?

Ce n’est pas ainsi que José Lamare et son entourage voient les choses. Sa fille avance une autre raison, d’ordre plus personnel — à mettre évidemment au conditionnel. Car en plus d’être secrétaire des associations, Davina Deschamps-Lamare est en effet… élue d’opposition à la mairie. Aux Municipales de 2026, elle était sur la liste de Denis Sagot, battu par la maire sortante Julie Lesage. Durant la campagne, José avait soutenu en ligne cette candidature.

« Je m’en veux, assure Davina Deschamps-Lemare. Je me dis que je l’ai engagé dans une démarche pendant l’élection, et qu’il n’aurait peut-être pas fallu. » La maire dément toute accusation de vendetta. « On ne fonctionne pas du tout comme ça, c’est peut-être leur mentalité mais ce n’est pas la nôtre. Ce n’est pas parce qu’ils sont élus d’opposition qu’on va retirer des moyens. »

Une foire à tout refusée

Entre les élections et cette lettre de juillet, il y aurait eu un autre épisode. Comme chaque année, José Lamare comptait organiser au mois de juin une foire à tout sur le parking d’Intermarché, qui permettait entre autres de payer des vacances à une famille. « Avec mes 4 enfants on était allés quinze jours en Bretagne, c’étaient nos premières vacances », se souvient une mère de famille de Grand-Couronne.

Mais cette année, pour ce qui devait être « la dernière » selon la fille de José, la ville n’a pas autorisé l’événement. Le même jour, la Ville avait déjà autorisé une autre « vente au déballage », ce qui posait entre autres des problèmes d’organisation pour la sécurité. « On ne peut pas se démultiplier toutes les semaines », confirme Julie Lesage.

Une nouvelle foire à tout en septembre ?

Et maintenant ? Malgré la tristesse, José Lamare veut regarder devant lui, et les opportunités qui pourraient se présenter… hors de Grand-Couronne. « Il faut penser au présent, on va essayer de trouver un compromis, peut-être signer une nouvelle convention avec une autre mairie. Je vais le dire franchement : je n’ai plus envie de donner à Grand-Couronne. C’est triste pour les gens, pour tout, mais j’ai un dégoût. »

Malgré ces propos, selon nos informations, l’homme a tout de même déposé une nouvelle demande d’autorisation pour une foire à tout, à Grand-Couronne, pour le 13 septembre prochain. « On verra bien comment ils vont procéder, pour nous dire oui ou non. » La maire assure que toute demande sera examinée « comme les autres, sans priorité ».

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