Par Matthieu Le Gall
L’afflux de 72.000 migrants dans l’enclave espagnole de Ceuta a mis en lumière l’inconsistance des leaders européens face aux mécanismes de la guerre informationnelle. Dès les premières heures de la crise, le premier ministre espagnol a pourtant appelé ses homologues à ne pas céder aux « mensonges » propagés sur les réseaux sociaux, à propos de Schengen et de la politique migratoire de Madrid. Gardez la tête froide, leur a conseillé Pedro Sanchez. En vain.
Le renseignement ibérique, lui, a rapidement identifié le rôle d’une série de fake news, partagées auprès des candidats à l’exode, dans la formation d’un mouvement massif à l’assaut d’une Europe assiégée. Depuis, plusieurs rapports ont identifié l’existence d’intenses campagnes de propagation de la crise migratoire à Ceuta. Sur les réseaux sociaux, le nombre de publications y faisant référence a ainsi progressé de manière coordonnée, les unes parlant d’une submersion de l’Europe chrétienne par l’Islam, les autres de l’échec de la politique migratoire espagnole.
Ces opérations de déstabilisation, souvent associées à la Russie, l’Iran ou la Chine, sont connues et documentées. La crise de Ceuta rappelle également qu’il n’est pas nécessaire, à l’ère de l’IA, d’altérer des images, mais qu’il suffit souvent de viraliser des scènes existantes.
L’objectif de nos adversaires est très simple : démontrer l’échec du modèle européen. Et la même mécanique propagandiste est à l’œuvre lorsqu’il s’agit d’affaiblir notre soutien à l’Ukraine, ou de persuader les citoyens de l’UE qu’ils ne seront bientôt plus chez eux.