Il serait extravagant de minimiser les conséquences économiques des épisodes de canicule, d’incendie et de sécheresse que nous allons connaître de plus en plus souvent. Primes d’assurance en hausse, flux touristiques chamboulés, agriculteurs dévastés, etc. Ce dont nous entendons parler ces dernières semaines ne sont que les prémices de mouvements profonds auxquels il faudra s’habituer.
Le changement climatique peut effacer une grande partie de la croissance : Adrien Bilal, professeur assistant à l’université Stanford (États-Unis) et Prix du meilleur jeune économiste français 2026, ne mâche pas ses mots dans une interview publiée par Les Échos la semaine dernière. Selon ses calculs, le produit intérieur brut (PIB) mondial pourrait reculer de 50 % d’ici à 2100 si la planète ne réagit pas. C’est considérable.
Son raisonnement pour la France ? Chaque vague de chaleur pourrait coûter 0,05 à 0,2 point à notre croissance. « Chaque vague » : or nous en sommes déjà à la quatrième de l’été. Extrapolez ces chiffres à tous les pays qui ont une économie plutôt molle et il ne restera pas grand-chose du dynamisme de l’activité.
Le seul moyen pour que cela n’arrive pas est de diminuer les émissions des gaz à effet de serre qui réchauffent la planète, en clair le recours au charbon, au pétrole et au gaz. À condition de ne plus tergiverser, cela reste possible, il suffit (presque) de le vouloir.
Quels changements concrets à venir ?
Voilà pour les grandes données économiques, qui ont un avantage : elles cadrent la réflexion. Mais elles ont aussi un gros inconvénient : elles ne disent presque rien des changements concrets auxquels nous devons nous attendre dans les mois et années qui viennent. En voici trois.
Tout d’abord, les horaires de travail. Il est urgent qu’ils évoluent pour les salariés en extérieur. C’est déjà le cas pour beaucoup de professionnels du bâtiment et des travaux publics. On a vu cet été des adaptations des horaires des déchetteries dans une partie de la France (7 h 30 – 12 h et non plus matinée et après-midi), parfois à l’issue de bras de fer sociaux.
Ensuite, la ruée vers les climatiseurs. La demande va encore s’accélérer. Or les principaux industriels du secteur sont chinois (Midea, Gree, Haier) et coréens. Comment l’Union européenne va-t-elle articuler l’appétit de ses citoyens pour des climatiseurs efficaces et sa politique de frein aux importations chinoises ? Sacré dilemme. L’Europe a trop chaud pour imposer des droits de douane sur la Chine », résume l’agence de presse officielle de Pékin.
Enfin, les mobilités géographiques. Cela fait plusieurs années que la côte atlantique suscite un vrai engouement. Même si la Bretagne n’a pas été épargnée cet été, le mouvement va se poursuivre. Mais le marché immobilier pourrait bien évoluer plus profondément, avec une désaffection à l’achat pour les étages élevés non climatisés, les expositions sud-ouest, etc.
Ce sont trois illustrations, il y en a bien d’autres. Le réchauffement est un facteur de changements plus profond qu’on ne croit.