Plus d’une semaine après l’attentat à Berlin contre la Marche des fiertés qui a coûté la vie à une sexagénaire polonaise et blessé 29 participants, la capitale allemande continue de panser ses plaies. Les 30 000 euros d’aide d’urgence versés immédiatement à chacune des victimes mettent un peu de baume au cœur, mais les questions restent lancinantes : comment cet homme de 21 ans, connu des services pour son idéologie islamiste, a-t-il pu préparer et exécuter sans entrave cette attaque ?

La polémique se focalise sur le jugement du tribunal de Berlin en mai. Condamné à un an et 10 mois de détention pour « préparation d’un acte grave portant atteinte à la sécurité de l’État », Abdul Ballout avait écopé de sursis. En l’échange de la promesse faite à la barre d’avoir pris ses distances avec l’idéologie islamiste et de suivre un programme de déradicalisation. Le juge avait aussi décidé d’appliquer au prévenu les peines prévues pour les mineurs, comme la loi l’autorise pour les moins de 21 ans. Avant son passage à l’acte, le terroriste avait multiplié les vidéos pour attirer l’attention de Daech, à laquelle il a prêté allégeance par vidéo le matin de l’attaque.

Contexte électoral

Du retrait de permis de conduire à la déchéance de la nationalité allemande, en passant par le port systématique du bracelet électronique pour les individus classés dangereux, la droite et l’extrême droite rivalisent de propositions pour afficher fermeté et détermination. La polémique se propage dans un contexte électoral – en septembre des élections ont lieu dans trois Länder, à Berlin et dans deux régions de l’Est (Saxe-Anhalt et Mecklembourg-Poméranie Antérieure) – propice à rejeter la responsabilité du drame dans le camp de l’adversaire.

L’adjointe berlinoise à la justice, Felor Badenberg, a réclamé un durcissement du droit pénal des mineurs. « Nous devons remettre en question le droit pénal des mineurs qui n’est plus adapté à notre époque […] Jusqu’à présent, toutefois, cela a échoué à cause du ministère fédéral de la Justice dirigé par le SPD. » La déléguée du gouvernement fédéral à l’intégration, Natalie Pawlik (SPD), a quant à elle plaidé en faveur d’un renforcement des mesures de prévention contre la radicalisation des adolescents.

L’extrême droite en tire profit

Le père d’Abdel Ballout a évoqué les conflits familiaux sur la longueur de sa barbe. Son fils de 21 ans, né à Berlin, n’a jamais pu adhérer pleinement à l’État islamique car la famille Ballout est chiite et non sunnite comme l’organisation. Ce qui n’a pas empêché, comme le dit son père, un « lavage de cerveau en règle via les réseaux ». Tous les experts s’attendent à ce que l’AfD, qui accuse la justice et le gouvernement de « laxisme », engrange les fruits électoraux. Dans ces trois Länder, le parti d’extrême droite est déjà très haut placé dans les sondages. C’est d’ailleurs démontré dans une étude publiée par Guido Friebel, doyen de la faculté de l’Université Goethe de Francfort-sur-le-Main : après chaque attaque, « la peur profite à l’AfD à l’élection suivante, y compris quand les attaques sont le fait de l’extrême droite ».