Publié le
5 août 2026 à 20h08
Exit les palissades et engins de chantier ! Depuis le 28 juillet, l’œuvre hommage à Gisèle Halimi est visible sur la place du Maréchal-Foch, devant la station de métro éponyme, à côté du tribunal de Rouen. Si les Rouennais sont ravis de retrouver la place libre de tout chantier, les avis sur cette œuvre, intitulée « Combien de saisons dure chaque victoire ? », sont eux, partagés.
Un hommage à Gisèle Halimi composé de 564 pavés et 489 prénoms gravés
Portée par la Ville de Rouen avec le soutien du ministère de la Culture, l’œuvre s’inscrit dans la continuité de l’hommage rendu à Gisèle Halimi en 2022, lorsque la station de métro voisine a été rebaptisée en son nom. Imaginée par l’artiste contemporaine Marianne Mispelaëre, elle se compose de 564 pavés en pierre blanche, dont 489 gravés des prénoms des femmes défendues par l’avocate féministe.
Et ce sont ces gravures qui attirent le regard. Sur place, passants et curieux ralentissent pour découvrir chaque plaque figée dans le sol, et dans le temps. Si certains saluent l’initiative, d’autres pointent du doigt une visibilité perfectible.
« J’ai peur que ça passe très vite inaperçu »
Pour Nina, 26 ans, c’est avant tout une histoire de hasard : « Je ne savais pas que les travaux étaient finis, je découvre ça bêtement en allant travailler ! C’est bien de donner de la visibilité au travail de cette femme qui a beaucoup lutté en faveur des droits des femmes ! ».
Marion, 37 ans partage également cet avis, estimant que cet hommage au sol complète utilement celui de la station de métro : « Jusqu’ici l’hommage à Gisèle Halimi se résumait au nom [de la station]. Ça ne parlait pas à beaucoup de gens, même si l’intérieur de la station retrace sa vie. C’est bien de présenter une œuvre à la vue de tous et qui résume à la fois son travail et les combats qu’elle a menés. »

L’oeuvre est composée de 564 pavés, dont 489 gravés des prénoms des femmes défendues par Gisèle Halimi. (©CB/76actu)
Si globalement l’hommage porté à cette figure du féminisme est largement validé, certains émettent quelques réserves quant au choix de l’œuvre et de son format : « Comme beaucoup, je m’arrête par curiosité pour lire les inscriptions, témoigne Christelle. Mais c’est dommage que ce ne soit pas très clair. Quand on ne connaît pas, on peut vite passer devant sans savoir de quoi il s’agit. » Robin, son petit-fils de 13 ans, ajoute : « À part le nom de la station, je ne connaissais pas du tout. C’est ma grand-mère qui est en train de m’expliquer, c’est sa génération. »
Une sensation d’inachevé
Thierry et Annick, 66 et 68 ans, pointent eux aussi un défaut de visibilité : « Forcément les gens s’arrêtent parce que c’est nouveau et qu’ils sont curieux. Mais j’ai peur que très vite, ça passe un peu inaperçu, au sol comme ça, sans couleur ou relief… », juge Annick. Thierry renchérit : « Il aurait fallu une pancarte ou quelque chose pour présenter l’œuvre et ce qu’elle représente. Là tout est au sol, ce n’est pas très clair… » Lorsqu’on leur indique qu’il existe trois plaques gravées présentant le titre et la signification de l’œuvre, ils s’exclament : « Ah oui, on ne les avait même pas vues ! »
Enfin, Pierre, 42 ans, apprécie l’esthétique mais note un rendu qui semble inachevé : « J’aime bien l’idée de la pierre blanche et les bandes en métal qui reflètent le soleil, ça brille et ça attire l’œil. Le goudron autour est plus foncé, ça permet de faire ressortir les plaques mais je trouve que ça donne un rendu ‘pas fini’. »

À côté de l’œuvre, trois plaques pour la présenter peuvent passer inaperçu. (©CB/76actu)Une solution pour améliorer sa visibilité
Face à ces retours, la Ville confirme avoir identifié la même difficulté : « Le cartel en pierre réalisé par l’artiste et installé à proximité de l’œuvre manque de lisibilité et passe facilement inaperçu dans l’espace de la place. Nous travaillons actuellement à une solution permettant d’améliorer sa visibilité et sa compréhension. Toutefois, cela ne pourrait être mis en œuvre qu’à la rentrée. »
Choisie par un jury composé de citoyens, d’experts et de représentants d’institutions culturelles, l’œuvre doit être officiellement inaugurée à la rentrée, dans le cadre des Journées du Matrimoine de la Ville.
Rendez-vous le 18 septembre prochain en présence de Jean-Yves Halimi, fils de Gisèle Halimi, et de l’artiste Marianne Mispelaëre. La cérémonie débutera à 18h par un temps d’échange, suivie à 20h30 d’une représentation théâtrale intitulée « Gisèle Halimi, défendre ! » par la Compagnie l’Ouvrage. Ce seul-en-scène d’une heure dressera le portrait de l’avocate féministe à travers des extraits de ses plaidoiries et souvenirs.
D’ici là, l’œuvre reste accessible à tous, invitant les passants à s’arrêter, lire, et se souvenir des luttes menées par Gisèle Halimi. Mais aussi de celles qu’il reste à mener, comme en témoignent les 72 pavés restés volontairement vierges.
Charline Buchard
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