Originaire de Combrit-Sainte-Marine, dans le Finistère-Sud, Maëlle Gonzalez, 28 ans, fait partie des 21 membres d’équipage du Bandero, un navire de la Captain Paul Watson Foundation immobilisé à Reykjavik. Privée de son téléphone par les autorités islandaises, la jeune femme ne peut utiliser que son ordinateur portable personnel pour échanger avec ses proches comme pour nous livrer son témoignage.
Un rêve d’adolescente
Avant d’embarquer pour cette mission, Maëlle Gonzalez cherchait à donner un nouveau cap à sa vie. Après avoir travaillé dans le milieu associatif à Paris, elle était revenue à l’audiovisuel (son domaine de formation) en free-lance au printemps dernier. « J’ai passé l’hiver à l’Île-Tudy. Je regardais la mer en pensant que quelque chose m’appelait », explique-t-elle. Depuis l’adolescence, un rêve la poursuit : filmer les campagnes d’action écologistes en haute mer.
Maëlle Gonzalez, originaire de Combrit-Sainte-Marine, fait partie des 21 militants écologistes visés par deux ans d’interdiction de territoire islandais et d’espace Schengen. (Photo fournie par Maëlle Gonzalez)
En juillet, alors qu’elle effectue une mission de matelot à Bordeaux, un appel tombe : le Bandero cherche une vidéaste pour documenter la chasse à la baleine en Islande. Sans hésiter, la jeune Finistérienne rejoint l’équipage, à Dublin, pour participer à l’« Opération 86 ».
L’assaut en haute mer
Le 30 juillet, le navire suit un baleinier islandais et franchit la limite des eaux territoriales. La réaction des autorités ne se fait pas attendre. Un patrouilleur et un hélicoptère interceptent le bâtiment, avant que les forces spéciales ne donnent l’assaut. « Trois RHIBs (NDLR : bateaux semi-rigides) abordent le Bandero. Tout l’équipage avait reçu l’ordre de se réunir au bridge. Ils sont lourdement armés, nous demandent immédiatement de garder les mains en l’air », raconte la jeune femme. Bien que l’intervention soit impressionnante, le calme règne à bord : « Les gardes-côtes et forces spéciales, bien qu’armés jusqu’aux dents, ont été sans agressivité envers nous. Je crois qu’ils ont vite compris qu’ils avaient affaire à un équipage écologiste vegan sans intention de mettre la vie de qui que ce soit en danger. »
Malgré l’arraisonnement du navire et les poursuites judiciaires, Maëlle Gonzalez ne regrette pas son engagement : « Je me battrai toujours contre un système qui permet d’épuiser le vivant. » (Photo personnelle)
Escorté jusqu’au port de Reykjavik, le navire est fouillé le 31 juillet par la police locale. Les 21 équipiers sont détenus à bord et interrogés individuellement. « C’est cet interrogatoire qui m’a le plus effrayée, je ne comprenais pas un mot d’islandais. J’ai dû faire confiance à mon instinct », confie Maëlle Gonzalez, prise au dépourvu : « J’ai dû signer des papiers sans traduction écrite et les policiers parlaient islandais sans commentaire du traducteur. »
Interdictions et saisie de matériel
Alors que l’équipage pensait que seul le capitaine serait visé, tous sont poursuivis. La sanction tombe : deux ans d’interdiction de territoire islandais et d’espace Schengen. De retour à bord, les policiers exigent leurs codes de téléphone. Devant le refus collectif des militants, les agents s’emparent des téléphones et du matériel informatique de bord.
Bloquée à bord d’un navire jugé inapte à la navigation, la Bretonne attend désormais les suites des démarches engagées par son avocat, qui a immédiatement fait appel d’une mesure jugée absurde. Les autorités ont depuis assoupli les conditions en autorisant les membres d’équipage à sortir sur le quai, avec l’obligation de pointer au commissariat local.