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Rédaction Bordeaux

Publié le

7 août 2026 à 6h18

« La meilleure des façons pour nous connaître, c’est de venir nous rencontrer. » Le 23 juillet 2026, en début d’après-midi, l’aire de grand passage des gens du voyage de Mérignac (Gironde) vit au rythme d’une journée d’été. Entre les dizaines de caravanes, des enfants jouent, des habitants discutent à l’ombre tandis que d’autres nettoient leurs caravanes.  Ici, les regards curieux laissent rapidement place aux sourires. Vaki, 51 ans, pasteur évangélique de la communauté, nous accueille. Avant même de sortir le dictaphone, près d’une heure s’écoule. Au départ méfiant, habitué à voir les gens du voyage sous un angle négatif dans les médias, il finit par se confier. Une seule demande revient au fil de la conversation : raconter une réalité que, selon lui, trop peu de Français connaissent.

Une culture qui leur est propre

Pour Vaki, les idées reçues sur les gens du voyage naissent d’abord de la méconnaissance. Derrière les images souvent véhiculées, il rappelle que les gens du voyage sont avant tout « des citoyens français avec une culture qui [leur] est propre ». Une culture où la famille occupe une place centrale, où plusieurs générations vivent à proximité les unes des autres et où la vie en communauté fait partie intégrante du quotidien.

Ce mode de vie, le pasteur estime qu’il est encore trop souvent perçu comme un refus de s’intégrer. « On nous voit en marge de la société alors qu’on n’est pas du tout en marge. C’est juste une culture, comme toutes les autres. »

Des clichés parfois vieux de plusieurs générations continuent, selon lui, d’alimenter la méfiance. « Le voyageur, c’est le voleur de poules… », souffle-t-il. Une image qu’il espère déconstruire en appelant à la rencontre : « Il n’y a que comme ça qu’on arrivera à faire tomber les clichés. »

« On ressent le rejet »

Derrière son discours d’ouverture et de dialogue, Vaki décrit pourtant une réalité bien plus sombre. Celle d’un rejet qu’il dit ressentir de plus en plus au quotidien. « Aujourd’hui, on ressent vraiment qu’il y a une montée de l’antitsiganisme. On sent qu’il y a des portes qui se referment de plus en plus autour de nous. » Des mots qu’il prononce sans colère, mais avec une forme de lassitude.

Ce rejet, le pasteur dit l’avoir vécu à de nombreuses reprises. La plus récente remonte à quelques semaines. Alors qu’il souhaite déjeuner avec plusieurs membres de sa famille dans un restaurant, le gérant les interpelle devant les autres clients : « On ne veut pas de gens du voyage dans notre établissement. »

« On n’a pas voulu créer de tensions », raconte-t-il. Le groupe rebrousse chemin avant d’être accueilli, quelques mètres plus loin, dans un autre établissement « comme des citoyens normaux ».

« On aime notre pays »

Pour Vaki, ces discriminations ne s’arrêtent pas aux portes des commerces. Il évoque aussi les difficultés rencontrées par certains pour accéder à un emploi ou les différences de traitement que peuvent connaître des enfants à l’école même s’il le dit, il ne veut « pas faire la même erreur que ceux qui font une généralité ».

Mais les conséquences, elles, sont bien réelles. « Nos enfants nous interrogent : « Pourquoi on doit partir ? Pourquoi on doit être chassés d’un endroit à un autre ? » Et bien souvent, c’est difficile de leur répondre. »

À ses yeux, cette situation est d’autant plus douloureuse que les gens du voyage font pleinement partie de l’histoire du pays. « Nos grands-parents se sont battus pour la France, il ne faut pas l’oublier. On est des citoyens français. On aime notre pays, on est fiers de notre drapeau. Tout ce qu’on veut aujourd’hui, c’est être acceptés. »

Le livret de circulation obligatoire jusqu’en 2017

« Il faut en parler, parce que personne n’en parle », glisse Vaki en sortant un vieux carnet. Posé sur une table à manger, ce petit livre rouge orné de la devise de la République  française « liberté, égalité, fraternité » en dit long sur l’antitsiganisme qui a longtemps pesé sur la communauté française et qui aujourd’hui  continue de sévir. 

Créé par la loi de 1969, le livret de circulation était imposé aux personnes dites « sans domicile ni résidence fixe » exerçant une activité ambulante, une mesure qui concernait principalement les gens du voyage.

Ce document devait être régulièrement tamponné par les autorités et conditionnait de nombreuses démarches administratives. Une obligation dénoncée pendant des décennies comme discriminatoire, avant d’être définitivement supprimée en 2017.

Pour Vaki, ce carnet est le symbole d’un antitsiganisme autrefois inscrit dans la loi. « Il nous fallait un titre pour circuler chez nous en France. C’était aberrant », souffle-t-il en feuilletant les pages du document. « Tous les trois mois, il fallait se présenter au commissariat. C’était notre liberté qui était impactée. »

Si ce régime administratif appartient désormais au passé, le pasteur estime que les mentalités, elles, n’ont pas évolué au même rythme. Les discriminations ne sont plus écrites dans les textes mais elles continuent, selon lui, de s’exprimer dans les regards, les refus ou les préjugés du quotidien. « On a supprimé le carnet, mais pas les clichés », conclut-il. 

Liam Gé

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