L’Ukraine semble éprouver de plus en plus de difficultés à intercepter les missiles balistiques russes, fragilisant ainsi considérablement son système de défense aérienne. Dans la nuit du mardi 4 au mercredi 5 août 2026, Kiev et sa région ont été frappées par une offensive russe dévastatrice. « À ce jour, 44 personnes ont été signalées blessées dans la vaste frappe russe menée contre Kiev et sa région. Dix-sept autres personnes ont tragiquement été tuées. J’adresse mes condoléances à leurs familles et à leurs proches », a déclaré Volodymyr Zelensky sur X.

Selon le président ukrainien, cette attaque d’une grande ampleur comprenait 24 missiles balistiques, 4 missiles Zircon/Oniks ainsi que 115 drones, dont un nombre important étaient propulsés par réaction. Cet événement tragique a une nouvelle fois mis en lumière les difficultés rencontrées par la défense aérienne ukrainienne, un constat également souligné par Volodymyr Zelensky dans la suite de sa publication.

« Des intercepteurs de missiles balistiques auraient pu sauver la vie des personnes tuées aujourd’hui. Il est très important que nos partenaires comprennent que les retards dans leur livraison, ou le refus de fournir des systèmes antimissiles, entraînent directement de telles pertes humaines et de telles destructions », a-t-il écrit. Dans un récent communiqué, le South China Morning Post s’est intéressé aux différentes raisons qui expliquent pourquoi la Russie semble, depuis plusieurs semaines, prendre l’avantage sur l’Ukraine.

L’Ukraine confrontée à un manque crucial de systèmes Patriot

Parmi les missiles balistiques utilisés par la Russie pour frapper l’Ukraine figurent l’Iskander-M, lancé depuis le sol, le Kinzhal, tiré depuis les airs, ainsi que le Zircon. Ce dernier est techniquement un missile de croisière antinavire hypersonique, mais sa vitesse exceptionnelle le rapproche des caractéristiques d’un missile balistique. Ces armes extrêmement rapides ne laissent que quelques minutes à Kiev pour les détecter et tenter de les intercepter. L’Ukraine affirme toutefois que seul le système de défense Patriot, de fabrication américaine, est capable de les neutraliser.

Il est vrai que celui-ci est le système de défense le plus performant fourni à l’Ukraine et est conçu pour la défense antimissile à grande vitesse. Au lieu d’exploser près de sa cible, il utilise un intercepteur manœuvrable conçu pour entrer en collision avec l’ogive entrante. Le problème, c’est que les autorités ukrainiennes reconnaissent ne pas disposer d’un nombre suffisant de ces systèmes pour assurer une protection efficace de l’ensemble du territoire.

Comme l’a indiqué le porte-parole de l’armée de l’air ukrainienne, Yuriy Ignat, « les missiles Patriot sont actuellement les seuls en service en Ukraine capables d’intercepter les missiles russes Iskander-M, S-400 et Zircon ». D’autant qu’en cas d’absence, de mauvais positionnement ou de manque de missiles au sein d’une batterie Patriot, la plupart des autres systèmes de défense ukrainiens ne sont pas en mesure de la remplacer.

Cette pénurie d’intercepteurs dont souffre l’Ukraine s’est encore accentuée depuis le début de la guerre opposant les États-Unis et Israël à l’Iran, qui a mobilisé un nombre important de missiles intercepteurs Patriot et THAAD. Mais la production actuelle ne permet pas de combler immédiatement ce déficit. En 2025, Lockheed Martin a livré plus de 600 intercepteurs PAC-3 MSE et prévoit d’atteindre une capacité annuelle de 2 000 unités d’ici fin 2030. De son côté, l’OTAN a annoncé que la première usine européenne de production de missiles Patriot devrait ouvrir ses portes en septembre prochain en Allemagne.

L’Ukraine mise sur une nouvelle stratégie pour contrer les missiles russes

Consciente de ne pas disposer d’un nombre suffisant de systèmes Patriot pour assurer sa défense, l’Ukraine a adopté une nouvelle stratégie : cibler et détruire les lanceurs de missiles ainsi que les infrastructures militaires russes avant même que les frappes ne puissent être lancées. Volodymyr Zelensky aurait même demandé à Donald Trump de l’aider à obtenir l’autorisation d’Elon Musk afin que les forces ukrainiennes puissent utiliser les communications Starlink à des fins de ciblage en Russie, alors que ce service y est restreint par le PDG de Tesla.

Cela pourrait aider les drones ukrainiens à localiser les lanceurs et les infrastructures connexes, en réduisant ainsi le nombre de missiles auxquels les batteries Patriot doivent faire face. Mais cette demande n’a semble-t-il pas été confirmée publiquement par la Maison Blanche, l’ambassade d’Ukraine ni SpaceX.

De son côté, Kiev développe également le Freya, un système antimissile balistique à moindre coût, conçu sous l’égide de l’Ukraine afin de réduire sa dépendance aux missiles Patriot. Toujours en phase de développement, ce dispositif ne dispose pour l’heure d’aucune date précise de mise en service. Par ailleurs, l’Ukraine et neuf pays européens ont également formé en juillet dernier une coalition destinée à développer une capacité de défense antimissile commune. Selon le président ukrainien, ce partenariat pourrait permettre de mettre au point un système produit en série dans un délai de douze mois.