L’Indonésie, la Thaïlande, la Malaisie, Hong Kong, le Vietnam, les États-Unis, Taïwan… Ses réseaux sociaux en témoignent, le graffeur mulhousien Poti voyage beaucoup et son univers artistique, souvent joyeux et coloré, essaime ainsi sur les murs de nombreuses villes du monde. Mais le street artiste haut-rhinois s’exprime aussi dans sa ville d’origine où, au printemps dernier, on a eu la joie de voir apparaître, notamment dans le secteur de la gare, de nouvelles œuvres à sa griffe, qui mettent en scène ses petits personnages éponymes, les Potis.
Bruno Peyrelon, l’un des guides-conférenciers qui conduisent la visite guidée de l’office de tourisme « Poésie urbaine, street art à Mulhouse » (*), nous a emmené faire un tour sur leurs traces. Et on a commencé par le Poti agent de la circulation, sifflet en bouche, qui a vu le jour sur les planches de protection en bois d’un local vacant au rez-de-chaussée de la tour Wilson.
Le street artiste mulhousien Poti voyage beaucoup mais il avait déjà œuvré à diverses reprises dans sa ville. On le voit ici à l’été 2020 devant l’œuvre qu’il achevait pour Graffitipolis, le projet qui a permis de faire du parking de Kinepolis un haut-lieu de l’art urbain dans la cité du Bollwerk. Photo archives Vincent Voegtlin
Bruno Peyrelon : « Poti, il est dans un message d’amour »
L’artiste a dessiné un cœur sur le panneau que le personnage tient en main et un autre sur sa casquette. « Poti, il est dans un message d’amour », commente Bruno Peyrelon. Mais sur la casquette de ce Poti, un tiers est venu tracer à la craie une inscription bien loin de cette philosophie bienveillante : deux « Acab », acronyme du slogan anti-policiers en anglais « all cops are bastards » (« tous les flics sont des bâtards »).
« Il y en a qui ont voulu transformer un message d’amour en message agressif », constate notre guide, qui voit là une illustration d’une des caractéristiques du street art : ses supports étant par essence dans la rue, en accès libre, les messages qui s’y dessinent s’exposent à des contre-messages.
Valérie Derendinger, une Mulhousienne qui était en train de regarder et de photographier cette œuvre de Poti à notre arrivée, en est fan. « Il est superbe, ce dessin, il est trop beau ! » Mais elle se désole de découvrir ces « Acab » qui y ont été rajoutés. « Ça m’a choquée », livre-t-elle.
On traverse le square du Général-de-Gaulle pour aller voir deux autres Potis que l’artiste a dessinés au bord du canal. Alors qu’un panneau signale que la baignade est interdite, l’attirail de ces deux-là (lunettes de piscine, maillot de bain, bouée, palmes…) nous laisse penser qu’ils aimeraient bien piquer une tête quand même, quitte à transgresser l’interdit !
Porte de Bâle, un Poti aux coquelicots
Dans le même secteur de la gare, Poti avait réalisé une autre œuvre sur un mur de la façade arrière de l’ancienne Poste, là où le grand bâtiment perpendiculaire contigu a été démoli. Mais ce Poti a disparu, recouvert d’un enduit, et ce mur est désormais flanqué d’un échafaudage. On sait qu’ un programme immobilier est dans les tuyaux pour le site.
Direction la Porte de Bâle, maintenant, pour aller voir un Poti qui n’a pas échappé à Bruno Peyrelon mais que nous n’avions pas encore repéré : celui que l’artiste a dessiné sur un mur de protection temporaire d’une ouverture du bâtiment en travaux de l’ancien hôtel-restaurant Wir.
Le guide-conférencier Bruno Peyrelon devant le Poti que le street artiste a dessiné sur ce mur temporaire protégeant une entrée du bâtiment de l’ancien hôtel Wir, Porte de Bâle. Photo François Fuchs
Ce Poti rose a les pieds dans un parterre d’herbes montantes et de coquelicots. Le guide-conférencier observe que des plantations de type prairie fleurie avaient été faites à proximité quelque temps avant. « Est-ce que Poti a voulu faire un lien ? », se demande-t-il.
Libre à chacun de faire sa propre lecture
Lors des visites qu’il conduit sur le thème du street art, Bruno Peyrelon invite son auditoire à se montrer curieux, à bien observer les détails de chaque œuvre, à se questionner sur le message qu’elle véhicule. Il livre volontiers sa propre lecture, ses hypothèses, mais comme ici devant le Poti aux coquelicots, il se garde bien d’en faire des certitudes, observant que l’artiste a peut-être voulu dire autre chose que ce que lui y voit. « Le message que je passe : ne jamais affirmer. Parce que finalement, on a affaire à des artistes, donc c’est aussi à nous de peut-être garder notre âme d’enfant, notre âme d’artiste, et d’essayer d’imaginer des choses », plaide le Mulhousien.
Dernière étape rue de la Justice pour voir le Poti mangeur de glace que Poti a dessiné sur un panneau en bois à l’entrée du local vacant de l’ancien bar et restaurant Chez André (qui vendait de bonnes glaces). Des petits cœurs l’entourent. « Ces cœurs sont comme les gouttes de la glace qui fond », interprète Bruno Peyrelon.
(*) Prochaine visite guidée le samedi 22 août de 10 h 15 à 12 h 15, départ devant l’office de tourisme de Mulhouse, 1, avenue Robert-Schuman ; tarif : 7 €, gratuit pour les moins de 11 ans. Contact : 03 89 35 48 48.