Alain Moatti, de l’agence Moatti & Rivière, défend l’originalité du geste architectural, remis en cause par des associations de défense du patrimoine et certains politiques.
Aux pieds de l’Assemblée nationale, le projet fait débat. Certains rêvent pour lui d’une motion de censure. Prévu pour ouvrir en 2028, un nouveau pavillon d’accueil des visiteurs doit être érigé, en lieu et place d’un bâtiment du XIXe siècle qui flanque le Palais Bourbon. Ce projet estimé à 52,8 millions d’euros, qui comprend de vastes espaces en sous-sol, doit permettre, pour citer l’architecte Alain Moatti, de s’adapter aux « nouveaux usages du public contemporain ». Il s’agit de mieux accueillir les visiteurs.
Jeudi 6 août, le cofondateur de l’agence Moatti & Rivière est monté au créneau sur BFMTV pour défendre un projet vivement attaqué par une association de protection du patrimoine, Sites & Monuments, mais aussi par des personnalités comme Stéphane Bern, Rachida Dati, Ségolène Royal ou Joey Starr. Une pétition recueille près de 100 000 signatures. « Notre agence a réaménagé le premier étage de la tour Eiffel, construit l’Historial Charles de Gaulle aux Invalides et travaillé sur l’Hôtel de la Marine », pose Alain Moatti.
Détruire un bâtiment « en parfait état » ?
« Nous sommes habitués à travailler sur de grandes institutions, nous cherchons à préserver ce qui est exceptionnel et à faire en sorte qu’elles soient remises dans un courant contemporain. Que le public puisse être accueilli correctement », poursuit Alain Moatti, qui rappelle que le projet a été retenu à l’issue d’un marché public. La décision de lancer un concours d’architecture a été prise en 2023, à l’initiative de Yaël Braun-Pivet. Le jury était présidé par Bernard Accoyer et le regretté Jean-Louis Debré, anciens présidents de l’assemblée.
Le cofondateur de Moatti & Rivière, une agence qui se partage entre architecture et scénographie, affirme que le pavillon, avec ses 8 mètres de haut, « ne dénature pas le Palais Bourbon, qui mesure 27 mètres ». La surface du nouveau bâtiment équivaut à 600 m2, ajoute-t-il, et non 4 000 m2 , chiffre qui correspond à l’entièreté de la structure imaginée. La majeure partie du projet, située en sous-sol et invisible de l’extérieur, se compose d’« un premier niveau d’accès pour tous les publics et d’un deuxième niveau d’espace scénographié sur le parlementarisme ». L’architecte défend aussi sa façade vitrée du nouveau pavillon, qui doit répondre à la colonnade du Palais et rendre hommage aux piliers de la République, selon la Constitution : l’indivisibilité, la laïcité, la démocratie et le social.
Alain Moatti veut bien reconnaître sur BFMTV que le projet « bouscule », mais ne voit là qu’un chapitre de plus dans la querelle des anciens et des modernes.
Moatti-Rivière/Assemblée nationale
Alain Moatti veut bien reconnaître sur BFMTV que le projet « bouscule », mais ne voit là qu’un chapitre de plus dans la querelle des anciens et des modernes en architecture. Reste qu’au moment de repenser le bâtiment des Franciscaines de Deauville, un lieu culturel, le même professionnel affirmait que « ne pas détruire, c’est le premier acte écologique aujourd’hui ». Il se réjouissait de « préserver à l’identique ce qui était ancien et d’y adjoindre une architecture qui rend possible les usages d’aujourd’hui ». L’Assemblée nationale présente-t-elle des caractéristiques qui rendent impossible ce précieux et nécessaire équilibre ?
Une bataille politique
Le geste architectural du pavillon n’a, en tout cas, pas choqué l’architecte des bâtiments de France consulté en amont du projet. Cette vigie des vieilles pierres n’aurait rien trouvé à redire, tant que le nouvel ensemble respecte les règles de hauteur et de profondeur. Au contraire de la Commission du Vieux Paris qui a largement critiqué l’initiative.
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Yaël Braun-Pivet, la présidente de l’Assemblée nationale, défend fermement le projet. Elle soutenait la reconstruction du pavillon avant même l’ouverture du concours de marchés publics et maintient aujourd’hui son cap sur France Info : « Tous ceux qui ont vu les plans, le projet, visité le site sont enthousiastes ». Ses deux vice-présidents RN, Sébastien Chenu et Hélène Laporte, ne font visiblement pas partie de ceux-là. Ils ont réclamé, mercredi, un nouvel examen du projet. Le lendemain, le groupe LIOT a demandé « l’abandon pur et simple ». Les prochaines étapes administratives, qui précèdent la délivrance d’un éventuel permis de construire, devraient s’accompagner d’une querelle politique.