Du berger à la bergère. Vexée de s’être enterrée avec Merlen Reusser sur les pentes du Ventoux la veille, la Néerlandaise Demi Vollering (FDJ United-Suez) a remis les pendules à l’heure entre Sisteron-Nice, lors de l’étape la plus longue de cette 5e édition (171,9 km), pas forcément la plus difficile mais à coup sûr, la plus jolie (soyons chauvins). Avec seulement 1 450 mètres de dénivelé positif malgré la traversée des reliefs préalpins, dont les gorges du Verdon, cette journée entre Alpes-de-Haute-Provence et Alpes-Maritimes pouvait être vue comme une petite respiration avant l’étape finale de ce dimanche, un Nice-Nice pas piqué des vers avec seulement 99,2 km, mais 4 ascensions du col d’Èze dont l’ultime par le terrible chemin des Vinaigriers (6 km à 7,6% contre 7,7 km à 5,9% pour les trois premiers passages).
Une attaque dans une côte non répertoriée
L’orgueil et le tempérament offensif de la championne d’Europe en ont décidé autrement, et quand elle a attaqué dans le chemin de l’Arieta, à 6 km du but, elle n’a emmené que la maillot jaune Kasia Niewiadoma (Canyon-Sram) et la championne d’Italie Elisa Longo Borghini (UAE L’Imad), décidément très en forme en cette fin de Tour.
Vollering a insisté, et à 400 mètres de cette difficulté non répertoriée, elle a fini par se défaire de ses deux rivales et la promenade de la Néerlandaise s’est conclue en solitaire sur la Promenade des Anglais.
Niewiadoma, incapable de relayer Longo Borghini dans cette courte course-poursuite, n’a même pas disputé le sprint. 3e à 17 secondes et avec seulement 4 secondes de bonification, elle compte désormais 8 secondes de retard sur Vollering au classement général. L’autre candidate présumée à la victoire finale, la Suissesse Marlen Reusser (Movistar), n’a pas participé à l’emballage final. Elle émarge désormais à 1’12 » de la Néerlandaise, et le profil de l’étape de ce dimanche n’est pas à son avantage.
Niewiadoma bloquée par Géry
Vollering ou Niewiadoma ? Niewiadoma ou Vollering ? Entre les deux, le cœur du Tour de France femmes avec Zwift balance, et cela date depuis les débuts puisque la Néerlandaise et la Polonaise sont montées sur tous les podiums des 4 premières éditions, et l’ont emporté une fois (2023 pour Vollering, 2024 pour Niewiadoma).
Pour ajouter à la dramaturgie, les deux jeunes femmes ne se baigneront pas ensemble sur la plage du Negresco. « Je m’attendais à l’attaque de Demi, cette équipe a toujours un plan, donc je n’ai pas été surprise, a confié la Polonaise à chaud. Mais (Célia) Géry m’a bloquée au pied de la montée, contre les barrières, et j’ai dû arrêter de pédaler. Honnêtement, je n’ai plus aucun respect envers cette équipe. » Et Kasia d’aller dire à la championne de France et équipière de Vollering ce qu’elle avait pensé de la manœuvre.
« Je n’ai rien vu, j’étais devant et je ne peux pas savoir ce qu’il se passe à l’arrière. Au fond d’elle, Kasia sait que ce sont des éléments de course qui peuvent arriver » a botté en touche la cheffe de file de FDJ United-Suez, après avoir fait part de son bonheur d’être de nouveau en jaune deux ans après.
Rien à signaler pour les commissaires
Il fallait s’attendre à ce que la déclaration de Kasia Niewiadoma sur un potentiel « geste d’antijeu » (pour parler en langage de footballeur) de la part de Célia Géry pousse le jury des commissaires à revoir la scène après la course. Fait cocasse : c’est au beau milieu de la salle de presse située à l’OcéaNice que les préposés au règlement de la course ont revisionné les images en question, sur un téléphone.
Verdict quelques minutes plus tard dans le rapport officiel de fin d’étape au chapitre « faits de course » : rien à signaler. Juste un rappel comme quoi « l’usage du téléphone en conduisant est interdit ». Rien de bien méchant comparé aux cinq amendes pour « bidon collé » ou celles destinées à trois coureuses de FDJ United-Suez pour avoir « uriné en public » lors de l’étape de la veille, entre La Voulte et le Mont Ventoux.
« Dans une course par étapes, chaque jour compte, a rappelé l’ancienne patineuse de vitesse de haut niveau. On peut être déçue un jour, mais celui d’après, on refait un nouveau programme avec l’équipe. Je n’ai pas eu de doute après le Ventoux, j’étais surtout frustrée parce que je voulais gagner cette étape du Ventoux ».
Puis, très mystique : « La chose la plus surprenante, c’est que lorsque j’ai fait les reconnaissances par ici, je me suis vue en jaune. Et j’ai eu ce flash-back dans ma tête ce matin. Je me suis dit : peut-être que c’est vrai. Et j’ai essayé de me souvenir de ça. Il fallait essayer. »
Vollering prend donc un avantage psychologique avant l’explication finale. Mais pour avoir perdu le Tour il y a deux ans (pour quatre secondes) devant Niewiadoma, et pour avoir renversé un Giro promis à Anna Van der Breggen il y a deux mois lors de la dernière étape, elle sait mieux que quiconque qu’un Grand Tour n’est jamais gagné d’avance.