Sous les yeux du monde, l’alliance entre la Corée du Nord et la Russie se renforce. Andrii Cherniak, représentant de la Direction principale du renseignement du ministère ukrainien de la Défense (GUR), a déclaré à Reuters que Pyongyang préparait le déploiement d’une unité de missiles composée d’environ 90 militaires dans la région russe de Voronej, proche de l’Ukraine (Reuters). Cette unité serait stationnée aux côtés de la 112e brigade de missiles de la Garde russe.

Selon les évaluations ukrainiennes, elle pourrait disposer de six lanceurs et de jusqu’à 120 missiles balistiques tactiques à courte portée (SRBM) KN-23 et KN-24, détaille The War Zone. La composition définitive du détachement doit encore être arrêtée lors de discussions prévues le mois prochain. Cette information n’a pas pu être vérifiée indépendamment. Si elle se confirme, elle marquerait une nouvelle étape dans la coopération militaire entre Moscou et Pyongyang, après les livraisons de munitions, de missiles et l’envoi de soldats nord-coréens en Russie.

Des missiles nord-coréens utilisés contre l’Ukraine

L’armée de l’air ukrainienne a annoncé une nouvelle attaque russe combinant drones et missiles balistiques. Selon les premiers chiffres, les défenses ukrainiennes ont abattu 98 des 115 drones lancés, mais aucun missile balistique. Cette situation illustre la difficulté d’intercepter ces armes et l’épuisement progressif des stocks de missiles Patriot, les seuls systèmes capables d’engager efficacement les missiles balistiques Iskander, KN-23 et KN-24. Selon Kiev, la Russie aurait utilisé pour la première fois depuis août 2025 des missiles balistiques nord-coréens lors de cette nouvelle campagne de frappes.

Andrii Cherniak affirme également que Pyongyang a récemment livré 40 missiles KN-23, d’une portée de 800 kilomètres environ, et KN-24, d’une portée de 410 kilomètres, supplémentaires accompagnés de personnels. Le second est souvent comparé au système américain ATACMS et permet à Moscou de frapper de nombreuses cibles en Ukraine. L’un de ces missiles aurait frappé la semaine dernière le village ukrainien de Radouchne, détruisant une maison et tuant au moins cinq membres d’une même famille (Reuters).

Le cas des KN
Des missiles nord-coréens aux composantes internationales

Une enquête de Conflict Armament Research (CAR) sur des débris de missiles KN-23/KN-24 utilisés en Ukraine a identifié plus de 290 composants électroniques étrangers. Environ 75 % étaient liés à des entreprises américaines, 16 % à des sociétés européennes et le reste à des fabricants asiatiques.

La Corée du Nord a commencé à fournir des missiles KN-23 et KN-24 à la Russie fin 2023. Andrii Cherniak estime que Pyongyang a livré environ 150 missiles balistiques entre fin 2023 et août 2025. L’Ukraine affirme également que la Corée du Nord a fourni des millions d’obus d’artillerie et envoyé environ 14 000 soldats dans la région russe de Koursk, conformément à l’accord de défense conclu entre les deux pays en 2024.

Andrii Cherniak indique qu’environ 9 500 soldats nord-coréens restent actuellement à Koursk, sans participer aux combats. Volodymyr Zelensky a déclaré le mois dernier que Moscou cherchait à obtenir 30 000 soldats nord-coréens supplémentaires. Les inquiétudes portent aussi sur un possible transfert de technologies russes vers Pyongyang, notamment dans les domaines des missiles balistiques, des armes nucléaires et d’autres équipements militaires.

Les Patriot, portés disparus

Et ce n’est pas tout. La Russie semble renforcer son utilisation des missiles balistiques pour exploiter une faiblesse majeure des défenses ukrainiennes. Un apport supplémentaire de missiles nord-coréens pourrait permettre à Moscou de maintenir des frappes contre les villes ukrainiennes et les infrastructures énergétiques. L’Ukraine dépend principalement des systèmes Patriot pour intercepter ces menaces. Mais leurs missiles intercepteurs sont coûteux, produits en quantités limitées et également nécessaires aux États-Unis et à leurs alliés.

Les systèmes européens SAMP/T offrent une capacité antibalistique complémentaire, note TWZ, mais restent disponibles en nombre réduit. La hausse mondiale de la demande en intercepteurs Patriot, notamment en raison des conflits en Europe et au Moyen-Orient, met sous pression les stocks occidentaux. Les discussions sur une production sous licence en Ukraine se poursuivent, mais une fabrication nationale nécessiterait plusieurs mois, voire plusieurs années, avant d’atteindre des volumes importants.

Alors que Kiev réclame depuis plusieurs semaines à ses partenaires occidentaux davantage de batteries Patriot et de missiles intercepteurs PAC-3 (Reuters) pour renforcer sa défense contre les frappes balistiques russes, les conséquences de ces pénuries apparaissent de plus en plus visibles lors des frappes russes de grande ampleur, et le temps presse.