Installé depuis huit ans dans la campagne de Plomeur, Yann Metayer est lucide : la pluie ne reviendra pas d’aussitôt. Ce maraîcher produit des fruits et légumes exotiques qu’il acclimate à la météo bretonne. Ses produits ne sont pas gourmands en eau. Pourtant lui aussi, comme ses confrères et consœurs maraîchers du Finistère, il a perdu des plants, « cramés par le soleil ». « Il n’y a pas eu de vraie pluie depuis mars ou avril, note l’agriculteur de Ty Tropik. Je peux encore tenir six semaines avec les réserves d’eau que j’ai. Mais je n’arrose pas beaucoup, deux fois par semaine pendant 1 h 30. Les autres maraîchers ont besoin de beaucoup plus d’eau ».
« Certains parlent de suicide »
La sécheresse pèse sur le moral des professionnels du secteur. Pour Yann Metayer, des dizaines de maraîchers mettront la clef sous la porte d’ici un an. « Dans les groupes de discussion que je vois c’est une saturation totale, reprend Yann. Certains parlent de suicide*. Les charges augmentent, les consommateurs ne comprennent pas que les prix augmentent. On dépend tout le temps de la météo. C’est pour ça que j’ai choisi la diversification, si on avait fait que du légume on serait mort depuis longtemps, assure-t-il. Les engrais ont pris 40 %, le prix d’une serre a plus que doublé. Aujourd’hui c’est quasiment impossible de s’installer. C’est invivable en terme climatique mais aussi en termes de pression sociale et économique ».
« On ne sait pas jusqu’à quand ça va durer »
« C’est le troisième été comme ça, sans eau. Cette année ça a commencé trois semaines plus tôt et on ne sait pas encore jusqu’à quand ça va durer », émet l’agriculteur. Il a conscience que les sécheresses vont revenir chaque été et cherche des solutions pour les prochaines années. Avec ses collègues, ils ont décidé de blanchir les serres et d’installer des brumisateurs aériens. « Il fait tellement chaud qu’on a des attaques d’acariens et de cochenilles. On n’en avait pas autant avant, on pouvait s’occuper des quelques plants attaqués, mais là tout est concerné », se désole le professionnel. « Ça ralentit la pousse, ça ralentit la production. Tout est divisé par deux ou quatre selon les produits ». Ce qui explique notamment l’augmentation des prix.
Six mois de soleil et six mois de pluie
L’enjeu de l’eau est au cœur des préoccupations des professionnels de l’alimentaire. Si les étés sont secs, les tempêtes de l’hiver seront plus intenses et rapprochées. Ces dernières sont aussi une source d’inquiétude pour les maraîchers. « Je pense qu’on aura bientôt six mois de pluie et six mois de soleil. Il va falloir s’adapter, reprend Yann. L’Espagne, le Maroc, l’Italie… Ils produisent tout ce qui se faisait dans la zone subsaharienne. Ils ont arraché des vignes dans le sud de la France pour planter des oranges par exemple. Je pense qu’en Bretagne si ça continue comme ça, avec quatre mois sans eau, on pourra bientôt faire des piments, des aubergines et des pastèques dehors, sans serre ».
* Si vous êtes en détresse et/ou avez des pensées suicidaires, ou si vous voulez aider une personne en souffrance, vous pouvez contacter le numéro national de prévention du suicide, le 31 14. Il est accessible 24 h/24 et 7 j/7, gratuitement, dans toute la France.