Par Matthieu Le Gall

Jamais Nigel Farage n’a été aussi discret. Alors que la législative partielle de Clacton, circonscription dont il était l’élu à Westminster, a lieu ce jeudi, le leader du parti anti-immigration Reform UK n’a pas fait campagne. Pas de clichés le représentant, hilare, une pinte de bière à la main. Peu de slogans désignant les étrangers comme responsables des malheurs du Royaume-Uni. Et surtout pas d’interview à la presse, qui s’obstine à découvrir pourquoi le partisan du Brexit a reçu un don de 5 millions de livres de Christopher Harborne, un roi des cryptomonnaies. Un don, vraiment ?

Dans une circonscription acquise à sa cause, où son opposant le plus sérieux est un homme coiffé d’une poubelle répondant au sobriquet de comte Tête-de-Poubelle (« count Binface », en anglais), Nigel Farage peut remporter la mise. Ses ennuis, en revanche, ne vont pas disparaître. Surtout depuis que les journaux de Rupert Murdoch, le Sunday Times en tête, ont choisi de se joindre à l’effort collectif menant à une incroyable série de révélations sur les finances de Reform UK et de son fondateur.

En résumé, l’argent du mystérieux Christopher Harborne rejoint toujours, depuis plus d’une décennie, les poches des politiques ayant défendu le Brexit. Ajoutez les cryptomonnaies et tout devient encore plus louche. Ce que montrent les informations déterrées par la presse britannique, c’est que la trumpisation de la vie politique est en marche outre-Manche, déplore la journaliste Carole Cadwalladr, pionnière des enquêtes sur Nigel Farage. Et ce dernier n’en est pas la cause mais le symptôme.